‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 191 sur 595 · Vie de M. Grosley, p · texte numérisé non relu

Vie de M. Grosley, p

fallait abattre, mais l'ordure dont il fallait purger la terre, car notre morale non seulement différait de celle des Anglais, mais n'existait pas, uniquement épris que nous étions à leurs yeux de coquetterie, de bons régals et de singeries.

Il va sans dire que toute l'Angleterre, que tout Londres même ne partageait pas les haines grossières de la foule. Nous verrons le même Grosley se féliciter des prévenances des avocats. Au spectacle, de braves gens lui passent la bouteille pour y boire à son tour. Mêmes complaisances chez les marchands de grandes et de petites boutiques. Les filles de la maison lui servaient même d'interprètes bénévoles.

Il se trouvait des gens pour considérer nos « vices » avec plus de justice et les ramener au rang de défauts parfois très agréables, pour distinguer entre la gourmandise et la gastronomie, comme entre le libertinage et la galanterie. Il arrivait même que l'humeur légère des hommes et des femmes, notre sens de la vie de salon et de la table fissent envie et contribuassent autant que de grandes et belles œuvres d'art à nous attirer des sympathies'.

Thomas Gray, dans une lettre de 1742, où il y a du dilettantisme, s'écrie : « De même que les plaisirs paradisiaques des Mahométans consistent à jouer de la flûte et à se coucher avec des houris, qu'il me soit donné de lire éternellement de nouveaux romans de Marivaux et de Grébillon ». Il paraît qu'un certain nombre de dames partageaient, tout en s'en cachant, cette passion.

Mais, chose importante à noter, même dans ce milieu, quand on était d'accord pour chercher ensemble une même satisfaction, on ne la trouvait pas dans les mêmes choses. Considérons par exemple la politesse. La haute société l'aimait des deux côtés du détroit, mais elle ne la plaçait pas dans les mêmes formes. Prendre du sucre avec les doigts était admis en France, c'était un péché en Angleterre. Au salon surtout le gentleman anglais se comportait tout autrement qu'un de nos hommes du monde. Sa parole était plus réservée, moins démonstrative, économisait davantage les formules ; plus soucieuse peut-être de concilier l'amabilité et la sincérité, elle donnait aux gens bien élevés d'outre-Manche une allure qu'en France on eut volontiers considérée comme froide et gauche.

John Moore nous Ta dit. Il y avait un préjugé contre nos usages mondains répandu dans toute la nation : « J'avoue que presque toute l'Europe a adopté les manières françoises ; elles sont suivies dans toute l'Allemagne et les cours du Nord. Elles s introduisent, quoique moins rapidement, en Espagne et en Italie... 11

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