Voir Yvon, Walp., p
n'en est pas de même en Angleterre... Les mœurs angloises sont généralement celles des provinces, elles prévalent dans la capitale, et on les retrouve sans être adultérées même à la cour.
« Dans tous les pays que je viens de citer, le gros du peuple voit de mauvais œil la préférence qu'on accorde aux mœurs étrangères; il est vrai que hors de chez nous on fait peu d'attention à ce qui plaît ou déplaît au peuple qu'on ne consulte jamais, tandis qu'en Angleterre, il importe beaucoup d'avoir sa faveur, plus un homme est élevé en dignité, plus il sent combien elle lui est nécessaire.
« D'ailleurs ce n'est pas seulement la dernière classe en Angleterre chez laquelle prévaut ce préjugé contre les mœurs françoises... Il est commun à toute la nation ; ceux même qui en paroissent les plus dégagés en sont tout aussi imbus. Et quoiqu'ils rendent toute sorte de justice aux qualités louables de nos voisins, qu'ils exigent que les François aient les mœurs françoises, ils ne veulent cependant pas qu'elles soient entées sur les nôtres ; et lorsqu'il se rencontre parmi nos compatriotes un homme de quelque poids qui puisse s'accoutumer à ce mélange ridicule, ce n'est qu'autant qu'il a lieu dans un sujet de la populace qui l'approche de près, comme son tailleur, son barbier, son valet de chambre ou son cuisinier ; ce mélange le révolteroit dans une personne qu'il chériroit ou à laquelle il prendroit intérêt. Je ne saurois me rappeller un seul exemple d'un Anglois de quelque considération, qui ait témoigné dans sa manière de s'habiller ou de vivre la moindre préférence pour les mœurs de cette nation, et conserve en même tems le crédit et l'estime dont il jouissoit auparavant » ^
Les conséquences de ces divergences se faisaient sentir jusque dans la manière de considérer les mots. Depuis la Régence, nous commencions à nous relâcher de la sévérité avec laquelle le siècle de Louis XIV avait traqué les termes grossiers, réalistes, équivoques, tout ce qui risquait de salir une image ou « d'attenter à la pudeur des femmes ». En Angleterre on était plus renchéri. Quand Walpole entendit lire à souper un bulletin de santé du dauphin sans qu'on omît rien, ni du mal ni des médecines, ni des effets qu'elles produisaient, et que les dames commentèrent ce rapport, il en fut scandalisé ^
On devine que, dans ces conditions, l'idée d'imiter un peuple
i. Lelt. d'un voyageur anglois, t. I, pp. 232-234. Noter à ce propos que la pudeur et es bienséances allaient grandement châtier la langue anglaise (cf. A. S. Gollins : Authorship in Ihe days of Johnson, London, 1927, p. 252-253). Bientôt s'annoncera le règne de 1' « hypocrisie ». Voir du même The Profession of Letters, London, 1928, p. 193-194.