Dial. s. les mœurs des Angl., p. 8o
parler. Se sont-ils, pendant leur séjour, initiés au français ? Nous l'ignorons, mais c'est peu probable '.
Effets malheureux de certains contacts. — Nous n'avons parlé jusqu'ici que des résultats favorables produits par la vue de la France et la rencontre des Français. Il y en eut d'autres. P. Yvon a dépeint dans une page serrée, et qui montre une connaissance approfondie des Anglais du xviii* siècle, les impressions fâcheuses qu'ont éprouvées des jeunes gens, même très distingués, à leur arrivée parmi nous : « L'orgueil insulaire, dit-il, se trouvait très renforcé par l'effet des préjugés antérieurs au voyage, et jalousement gardé pendant sa durée. Les voyageurs étaient, à leur départ, imbus, pour plusieurs raisons, d'un ombrageux patriotisme... Des plaisanteries traditionnelles sur la soupe maigre, les sabots de bois, et les grenouilles fricassées, formaient un fond hétéroclite de drôleries méprisantes, qui aidaient encore à exciter le dédain souvent injuste pour les Français, considérés comme les superstitieux esclaves du Pape et du Roi : on s'intéressait aux modes françaises et c'était tout... Des esprits qui devaient se connaître en la matière n'hésitaient pas à attribuer la formation de ces préjugés stupides au voyage sur le Continent, entrepris sans désir de s'instruire » ".
Peut-être arrivait-il quelquefois que le a fine gentleman », le beau gentilhomme, s'il était jeune et de cire, adoptait les dehors et l'extérieur du petit-maître français. Alors les malentendus s'aggravaient dans son entourage. Ces fils d'un gentilhomme campagnard, qui trouvaient, à leur retour de France, que chez leurs parents tout était au plus mal, et qui ne finissaient pas de louer les ragoûts et les (( fricandeaux » français ^, exaspéraient non seulement les fidèles de la tradition nationale, mais même les gens un peu rassis qui, à défaut de tradition, avaient leurs habitudes et du bon sens.
Sans tomber dans cet excès, beaucoup de voyageurs, soit qu'ils fussent arrivés sur le Continent avec des préventions trop tenaces, soit au contraire que la réalité les eut fait déchoir de leur enthousiasme et n'ait pas répondu à leur attente, le prenaient sur le ton aigre et jugeaient la France avec sévérité. Il se peut du reste qu'ils n'eussent rien vu, ni entendu, n'ayant guère fréquenté que leurs compatriotes ^.
1. Consultersur le jardinier botaniste Thomas Blailiie, DiaryofaScotcti Gardcner, Editée! by Fr. Birrell, London, 1931. Blaihic mentionne d'autres cas, semblables au sien.