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4. Voir une lettre de Garrick, dans Hcdgcock, o. c, p. 70. Moore s'est plaint dans ses Lettres de cette sottise.
Une des Lettres Juives, la GLXXVIP, oppose deux Anglais : un sot, qui juge sommairement et dans un esprit de dénigrement Italiens et Français, un autre plus pondéré. Le premier s'exprime ainsi : « quoique je me sois amusé à Paris, je n'y ai rien vu qui m'ait fait concevoir une grande Opinion du Génie des François. Tous ceux, à qui j'entendois dans le Monde accorder de l'Esprit, étoient des Petits- Maîtres superficiels, qui disoient quelques Plaisanteries, ou plutôt quelques Polissoneries, assaisonnées de quelques Saillies vives. Ce n'est pas-là ce que nous appelions Esprit en Angleterre. Il faut que la Vivacité soit soutenue par la Raison, et par de sages Réflexions ». Au reste cet Anglais qui décide de la bonne plaisanterie, ignore Voltaire, tout comme dans le genre sérieux il ignore Fontenelle et Montesquieu aussi bien que Cassini et Maupertuis, n'ayant point rencontré ces gens-là ni à l'Opéra, ni à l'Hôtel de Gèvres, ni dans les promenades publiques.
Le second, plus raisonnablement, explique : « Ils ont [les Français] de grandez Qualités; mais, ils ont aussi des grands Défauts. On les accuse généralement en Angleterre de penser superficiellement, et d'avoir plus d'Esprit que de Science. Ce Reproche a quelquechose de réel. Il est certain, que, parmi le grand Nombre d'Auteurs dont la France fourmille, la plupart n'écrivent que des Bagatelles, des Contes, des Romans, des Poésies galantes ; et qu'on donne trop libéralement à Paris le Nom de Savant à un Homme qui ne fait que des Comédies. Il y a cependant des Génies de la première Volée, qui ne doivent nullement être confondus dans cette Classe. L'Académie des Sciences, infiniment supérieure aux autres Académies Littéraires du Roiaume, est généralement composée d'un Nombre d'habiles Gens, dont les Ouvrages sont des Preuves convaincantes, qu il se trouve en France, ainsi qu'en Angleterre, des Personnes d'une vaste Pénétration. Il est vrai, que, dans certains Ouvrages, on apperçoit que le Génie Anglois atteint où le François ne pense pas seulement à aller. Il s'élève jusqu'aux Cieux, rompt la Chaine des Préjugés, et dévoile la Vérité, malgré les Cris de la Superstition, et les Ruses du Mensonge. Les François jouïroient, sans doute, du même Avantage, s'ils étoient les Maitres de donner l'Essor à leur Génie. Mais, malheureusement pour eux, ils sont obligés de le tenir captif. Ce n'est pas le Moïen de réfléchir qui leur manque, mais la Liberté de le pouvoir faire. Cette Gêne les accoutume, pour la plupart, à s'occuper de Bagatelles : et ce qu'il y a de pis, c'est qu'ils se font peu-à-peu une Habitude de les regarder comme des Choses sérieuses, importantes, et nécessaires. Ce Défaut leur a acquis chés les Etrangers la Réputation d'être superficiels: les asservit despo-
tiquemenl aux Modes nouvelles, qu'ils regardent comme des Affaires bien essentielles ; leur donne un Caractère d'Inconstance et de Légèreté fort remarquable ; et les remplit d'une bonne Opinion d'eux-mêmes, qui ne peut rendre que ridicules ceux qui ne font point Difficulté de s'y livrer ».
De Boyer d'Argens revient au même sujet dans la Critique du siècle, près de vingt ans plus tard : « Combien d'Anglois y a-t-il qui ne fréquentent à Paris que les spectacles et les maisons de jeu? Lorsqu'il sont retournés à Londres, ils ne parlent des femmes Françoises que par les idées qu'ils ont des comédiennes et des joueuses. Ils sont aussi mal instruits de ce qui regarde les hommes » '.
Il nous décrit ensuite les Touristes précurseurs des Cookmen, qui vont voir tableaux, statues, palais, arsenaux, églises, sans s'occuper des gens, tâchent de rencontrer des compatriotes et ne pensent qu'à converser « des défauts qu'ils croyent appercevoir dans les usages d'une nation qu'ils haïssent » ^ Et il conclut: « On ne sauroit croire quels sont les raisonnemens que j'ai ouï faire à Londres sur les Allemands et les François à la plus grande partie des Anglois qui ont voyagé » ^
Les jugements de ce goût, fort nombreux, ont probablement été les plus communs. En tous cas il en est qui sont signés des noms de gens qui savaient regarder et comprendre, dont on aurait attendu par conséquent plus de modération. Ainsi lady Mary Wortley Montagu, la même qui ne parut plus qu'en masque, une fois que sa beauté lui sembla fanée, qui faisait venir de Paris les moindres affiquets, affiche un dégoût superbe. Pour elle les Françaises sont de « nauseous créatures », simplement!^ Scrope, écrivant à lord Sehvyn, le 12 janvier 1752, se montre sinon aussi grossier, du moins singulièrement sévère : V^ous devez comprendre que je suis allé directement à Paris, où j'ai passé deux ou trois mois, ni très agréables ni trop désagréables. Mais dans ce que j'ai pu voir des Français en ce peu de temps, c'est un peuple qui me déplaît infiniment. Les Français sont remplis d'assez de vanité et de suffisance pour détruire ou pour cacher les qualités que j'ai jamais pu leur découvrir ; et quant à leur bonne éducation (d'ailleurs, si on la leur enlevait, je me demande ce qui leur resterait), je crois réellement que