‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 225 sur 595 · INFLUENCE SUR LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA LITTÉRATURE

que les précurseurs remontent au temps d'Elisabeth. Fénelon a-t-ii eu l'action qui lui est attribuée, et J.-J. Rousseau peut-il être considéré comme le modèle — incomparable — des écrivains d'après 1762? C'est une question à examiner.

En revanche, on condamne sévèrement les écarts de certains de nos auteurs'. Le coloris « Arcadian » (pastoral?) déplaît particulièrement. Le London Magazine dédaigne Billardon de Sauvigné et son roman de The rose ou The Feast of Salency, comme un spécimen d'un roman moderne français, plein de clinquant, de mauvais goût et de prétention.

Mêmes incertitudes en ce qui concerne l'action que les théâtres français et anglais exercent l'un sur l'autre. La question est tellement délicate et complexe qu'on ne saurait, semble-t-il, en l'état présent des choses, malgré l'étude de Nettleton^ et les ouvrages de Thorndyke et de Baker, affirmer rien de très précis. Un dépouillement spécial du répertoire de Genest entre autres et des « Literary Anecdotes » de Nichols s'imposerait. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, lorsqu'on étudie un écrivain comme Goldsmith et qu'on parcourt la liste des ouvrages qui composaient sa bibliothèque, on ne peut pas manquer d'être frappé de l'intérêt qu'il apportait à notre scène.

Disons ici, en manière de conclusion que, si des influences extérieures, comme celles de relations diplomatiques ou mondaines, ont souvent contribué à développer ou même à imposer le goût de la culture française et du français chez certains, pour quelques autres, c'est la nature même de leur génie qui les a fait incliner vers notre langue et vers nous. Parmi ces derniers Goldsmith est au tout premier rang. Il appartient à la catégorie de ces esprits qui sentent à un haut degré le charme d'un art étranger et d'une civilisation étrangère. L'isolement qui les restreint au seul commerce de leurs compatriotes est pour eux le dessèchement de l'individualité. La dette de Goldsmith envers la France est considérable. Il a mis à contribution Marivaux, Montesquieu, Voltaire, d'Argens et BufFon. Esprit conservateur en littérature, il a une sincère admiration pour Voltaire. Il n'y a là dedans rien que de très naturel. On le regarde avec Johnson comme le dernier des grands représentants du classicisme en Angleterre, et, si sa connaissance du français et son cos-

\. L'opinion de Clara Reeve, c'est que les bons romans français peuvent compter parmi les meilleures productions littéraires, tandis que les mauvais peuvent être regardés comme ce qu'il v a de plus exécrable en littérature (Tompkins, o. c. Append., t. I, p. 367-368).

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