Litt. angl., trad. H. Davray, p
révéler au monde une nouvelle France, inattendue. Sans qu'on puisse en aucune façon établir deux courbes parallèles, dont l'une suivrait le renouveau de la littérature française, dont l'autre marquerait le mouvement de l'imitation anglaise, on peut dire qu'aussitôt que parut chez nous une œuvre de marque on la traduisit, on l'imita, ou on s'en inspira tout au moins outre- Manche '. On se lasserait de citer ceux qui suivent ces nouveaux modèles, particulièrement les écrivains politiques, écoliers de Montesquieu ".
A dire vrai, il faudrait examiner cette question dans tous ses détails et ce n'est pas ici le lieu, prendre à part chaque genre, chaque forme de pensée. Ainsi, en ce qui concerne la rêverie, du jour où Collins, Gray, Thomson, Young, puis Macpherson-Ossian dirigèrent vers d'autres spectacles et d'autres contemplations le sentiment poétique, la langue littéraire anglaise n'a plus à peu près rien à prendre à la nôtre, ni éléments, ni tendances'.
Et pourtant Rousseau, Voltaire, Baculard d'Arnaud, M"'* Riccoboni, Marmontel, M™* de Genlis, Claris de Florian avaient des lecteurs innombrables. On les traduisait pour ceux qui ne lisaient pas le français^.
Les ouvrages les plus récents ' attribuent à l'influence française l'usage de la prose poétique et rythmée qu'on trouve dans les (( romances anglaises » de la seconde moitié du xviii* siècle. 11 ne saurait être ici question de contester avec l'auteur, qui reconnaît
1. Knox n'aime guère cette production de la France du xviii^ siècle. « La frivolité s'est fait sentir jusque dans la littérature, dit-il, elle a gâté le goût. Les écrivains modernes de la France sont imites et prônés par ceux qui, du haut du trône de la mode, donnent le ton et dictent des loix. Les productions tant vantées de la moderne pliilosophie en France, sont monstrueuses, et plus propres à dégrader qu'à élever l'humanité. Leurs liistoires nouvelles n'ont aucune dignité, ni dans l'expression, ni dans les pensées : elles manquent d'authenticité. Leur style est énervé, et tient beaucoup de celui que censuraient les anciens, et qu'ils désignaient sous le nom de style asiatique, quoique les auteurs modernes, qui écrivent de cette manière, se glorifient d'inventer un genre de style qu'ils s'imaginent être nou\eau ». C'est sur ce jugement qu'il termine son Traité de l'éducation, V, p. 39!) (vers 1770-1780).
"2. Ainsi Fcrguson, dans son Histoire de la Société Civile (4767). Voir Cainbr., Hisl. o/E. Lit., t. X, p. 296.
3. Wesley traduit ses hymnes méthodistes de l'allemand, non du français.
4. Voir J. M. S. Tompkins, The Popular Novel in Ewjland, 1770-lHOO, Appendice, p. 367.
On trouvera là une liste très intéressante de traductions du français :
Juliet, Lady Catesby, 471)4, par Riccohoni, traduit en anglais par Mrs. Brook.
Meiiioirs of llte Marquis of S. Forlaix, 4770, par Framéry, traduits aussi par Mrs. Brook.
Letters of a Peruvian Princess, 4774, par Madame de Grafigny, traduites par Miss R. Roberts, et en 4732 par Francis Ashworth Esq.
Memoirs of a Baroness. d'Elizaheth Sophia Tomlins, adaptés d'un manuscrit français inconnu, etc.