CHAPITRE yill ANGLAIS QUI ONT ÉCRIT EN FRANÇAIS
Cas particuliers. — Etant données les tendances dont il vient d'être parlé, on est assez étonné que divers Anglais aient encore écrit en français, comme l'avaient fait à l'âge précédent James Howell et Hamilton. En effet Sherlock (1678-1761) donna en français ses Lettres sur Shakespeare et ses Conseils à un jeune poète', Bolingbroke (1678-1751) ses Lettres à M. de Pouillv. Mais ce sont là des gens du temps de la reine Anne. On cite encore Townley, Garrick, Johnson, Bentham, Ramsay, Gibbon; Chesterfield écrivait ses lettres tantôt en latin, tantôt en anglais, tantôt en français. Plus tard, Walpole nous a laissé une vaste correspondance française'. A l'exception de ces deux derniers, auxquels nous reviendrons plus loin, il faudrait examiner ces cas un à un et se garder de conclure d'après quelques faits à l'existence d'une tendance un peu répandue. Disons tout de suite que chez aucun des auteurs que nous venons de nommer n'a existé la conviction que le français fût un instrument supérieur. Ainsi considérons Townley, qui a traduit le poème à'Hudibras de Butler (Londres, 1757). 11 était officier anglais au service de la France. Beckford a écrit d'abord en français son Vathek ; mais il avait vécu à Genève avec son précepteur, avait été reçu par Voltaire^, avait lu Buffon, Bourrit, s'était lié avec Mallet, Bonnet, de Saussure, Huber, — l'homme complet de Goethe, — dont la fantaisie et le sens de la caricature avaient si gaiement contribué à la formation de son esprit. Sa bibliothèque était pleine de nos romans^ et d'ouvrages divers, particulièrement de Voyages, dont il s'est directement inspiré.
Quel est le motif exact qui l'a décidé? On regrette que, dans l'étude sérieuse qui a été faite de la genèse de Vathek, tout en fournissant les renseignements les plus détaillés et les plus précis