‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 256 sur 595 · Lettres philosophiques, t. II, p · texte numérisé non relu

Lettres philosophiques, t. II, p

Cf. Quand en 1754, le duc d'IIamilton fonda l'académie d'Edimbourg, il prit modèle sur celle de Paris... les savants de l'Ecosse y [à Paris] venaient pour consulter nos érudits(Fr. Michel, Écoss. en France, t. II, p. 452).

courut sur « ce chevalier bien armé, qui, comme un héros d'autrefois a battu quarante Français et en battra encore quarante ))\

Esprit dogmatique, tranchant, d'une autorité impérieuse, il appliqua toute son attention et sa force à une œuvre de stabilisation et d'épuration. Il juge que l'anglais a été, depuis la Restauration, en déviant, vers une structure et une phraséologie françaises : « il semble qu'on veut nous réduire à balbutier un dialecte de France ». Il dénonce la folie qu'il y a à naturaliser sans profit des étrangers en faisant tort aux mots du crû. On comprend qu'il ait dédié son œuvre à l'honneur de son pays : « Nous avons longtemps préservé notre indépendance, bataillons un peu pour notre langue » ^. Son Dictionnaire a été le Code de la langue anglaise. On ne s'attendrait guère à trouver parmi ceux qui glorifièrent son effort Chesterfield luimême. Et pourtant, soit par cynisme et par ironie, soit peut-être simplement parce qu'il aimait que chaque chose fût à sa place, Chesterfield a protesté contre l'envahissement des mots et des tournures que ses concitoyens s'obstinaient à nous emprunter. Dans deux fameux articles du Monde (100 et 101, 28 nov. et S déc. 1754), qu'il consacra au Dictionnaire de Johnson, et auxquels nous avons fait allusion déjà, il félicite l'auteur de son désir de sauvegarder l'intégrité de la langue anglaise.

\J Histoire de la Littérature anglaise de l'Université de Cambridge a enreo-istré les efforts faits pour défranciser la langue^. Certains, comme le grammairien Baker, regrettaient toujours que cette œuvre ne fût pas confiée à un corps comme l'Académie française, les particuliers risquant de se montrer ridicules en exagérant la sévérité ^. Un Priestley cependant n'en rougissait point et se félicitait dans ses Rudiments, en 1769, d'avoir contribué à l'épuration, quoique certaines critiques adressées à Addison et à Atlerbury ne soient guère que spécieuses. 11 y aurait d'autres noms à citer. En 1798 la campagne durait encore. C'était alors le tour de Lindley Murray'^.

Il faut dire que la mode n'avait pas entièrement disparu. Après avoir régné si longtemps, il était impossible que la rupture

1. .lohnson, wcll arm'd, like a liero of yore, lias beat foriy Frencli, and will beat forty more. The gentlem. Magaz., apr. ITao.

1. Cambr., Hist. of E. Lit., t. X, p. tT'i. Voir Legouis cl Cazaniian, Hisl. de la Lill. anglaise, p. 778, n. 1.

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