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CHAPITRE III LES MŒURS ET LA LANGUE

Le théâtre. — L'admirable ouvrage de H. Liebrecht* sur le théâtre français à Bruxelles nous a apporté, en ce qui concerne l'origine et le développement de la vie théâtrale dans la ville principale, tous les renseignements précis que le curieux le plus exigeant pouvait désirer. Direction et composition des troupes, conditions d'exploitation, répertoire, tout a été étudié avec conscience et exposé dans un détail minutieux, avec une méthode et une clarté telles qu'on voit vivre ces spectacles, ceux qui les donnent et ceux qui les fréquentent.

Il serait extrêmement désirable qu'on eût autant de renseignements sur les autres scènes. Mais le théâtre de Liège seul a fait l'objet d'une monographie particulière. Nous possédons du moins pour les autres une assez bonne étude générale de Faber".

Il faut ajouter d'ailleurs que le rôle du théâtre de Bruxelles fut capital. Non seulement son prestige rayonnait sur tous les Etats, mais il arriva souvent, et de très bonne heure, que ses directeurs organisèrent des tournées dans les diverses provinces. Dès 1710, Angelis donnait trente représentations à Gand ; quand d'Hannetaire arrive d'Aix-la-Chapelle en 174o, il joue, en passant, à Liège, et va, lui aussi, à Gand, à la fin de 17oo ; il y revient encore d'octobre 1763 au samedi des Rameaux 1764. Une troupe de comédiens associés détache de même une partie de son personnel en 1767-1768. Witzhumb possède un théâtre démontable avec lequel il visite Malines d'abord, ensuite Anvers et Malines en 1775-1776. Après sa déconfiture, il essaiera de se refaire à Gand, de 1779 à 1781 \

Nous ne pouvons retenir ici que les faits qui concernent l'histoire de la langue. Le plus important, c'est que jamais les comédiens ne se heurtèrent à l'hostilité ni même à l'indifférence du public. Si, en

■1. Histoire du Théâtre Français à Bruxelles au XVII" et au XVIIl'' siècle. '2. Histoire du théâtre français en Belgique depuis son origine jusqu'à nos jours. Cf. Martiny, Histoire du Théâtre de Liège depuis ses origines jusqu'à nos jours. 3. Liebrcclit, 0. c, pp. 136, 170, 189, 199, 203, -230, 238, 274.

1706, ce public « ne tolérait pas la présence d'acteurs étrangers et surtout de Français » ', cet accès de mauvaise humeur, dû aux circonstances politiques, n'eut pas de lendemain.

Ce n'est pas que la Belgique ait toujours été un Eldorado pour les directeurs : ils y faisaient faillite aussi fréquemment qu'ailleurs-; mais leurs échecs étaient imputables tantôt à des circonstances fortuites, tantôt à des ingérences brouillonnes, tantôt à l'incapacité administrative ou professionnelle. De 1773 à 1777, Witzthumb devra lutter contre les difficultés que lui suscitent les exigences du gouvernement'^; Monvel, en 1762, voit déserter son spectacle, malgré « son zèle et les talents de son épouse, excellente • tragédienne et femme très décente » ^, d'abord parce que la vieille salle de Liège n'inspire plus confiance aux spectateurs, et ensuite parce que sa troupe contient trop de médiocre et de mauvais : celui-ci est glacial, cet autre a toujours trop copieusement diné quand il entre en scène ; un troisième est « bon tout au plus pour servir de Paillasse dans une parade » ; une danseuse aurait besoin d'apprendre « que la propreté est le premier accessoire au théâtre ».

Même injustifiées, ces critiques attesteraient que les Liégeois ne se désintéressaient pas du théâtre. A la veille de la Révolution, « l'histrionisme » aura fait tant de progrès que le clergé demandera, en vain d'ailleurs, au Prince-Evèque d'exclure des sacrements les acteurs des comédies bourgeoises aussi bien que les comédiens de profession ^

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