‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 262 sur 595 · Le Voyageur..., t. II, p · texte numérisé non relu

Le Voyageur..., t. II, p

Impériale et Royale des Sciences et Belles- Lettres. Un article du règlement (n° 30) stipula que dans les concours on emploierait indifféremment latin, français ou flamand'. Un autre (le n" 22) organisa un voyage bisannuel de deux membres aux Pays-Bas. Ce n'était pas là couper les ponts, mais plutôt en établir".

Ainsi l'ensemble des mesures prises par le gouvernement autrichien, loin de nuire au flamand, contribua fortement à en arrêter la corruption, au moment où il tendait, par défaut de culture, à dégénérer en une poussière de patois.

Daxs la pratique admoistrative et judiciaire. — Comme en tous temps et en tous pays ovi on se trouvait en présence de plusieurs langues, il y eut des contradictions et des inconséquences^. La Pragmatique Sanction de Charles YI, du 6 décembre 172i, fut rédigée en deux textes, l'un en langue « bourguignonne », l'autre en langue flamande.

Provinces et communes continuèrent à s'administrer dans la langue de leur choix. On vit les Conseils intervenir contre des officiers récalcitrants, et les forcer à accepter des actes en flamand *.

Mêmes facilités étaient reconnues aux plaideurs. Le 28 septembre 1759, Marie-Thérèse promulguait un édit tendant à améliorer la procédure devant le Conseil de Brabant ; il y était dit qu'à peine de nullité toutes les instances dirigées contre les habitants du pays de Brabant et d'outre-Meuse devaient être dans la langue en usage au pays du demandeur. Les Ordonnances continuèrent à être rédigées dans la langue de la région où elles devaient être exécutées^

Yerhoeven a noté un fait intéressant : A la vente publique des

1. Des Cressonn., o. c, p. 341. Cf. Le Voyageur..., t. 1, p. 197. Entre 1769 et 1795, sur 67 mémoires, 11 sont rédigés en flamand.

2. Van Ruckdinghen {Belgie onder Maria-Theresia, chap. vm), dit E. Discailles, reproclie à Marie-Tliérèse sa prédilection pour cette langue [le français], mais sa prédilection ne l'a pas empècliée de prendre des mesures pour perfectionner la langue flamande (Les Pays-Bas sous le règne de Marie-Thérèse (1740-1780), p. 220).

'à. Voir Des Cressonn., o. c, pp. 313 etsuiv.

4. Ainsi le Conseil de Brabant, dans un conflit entre les habitants d'Esemael (près Tirlemont) avec leur grcflicr, leur reconnaît le droit de rédiger leurs actes en flamand.

5. Quant aux Ordonnances générales, dit la Vlaesmche Commissie, on les publiait tantôt en français, tantôt en néerlandais, « mais le texte original était en français ». D'où la conclusion : « Il est évident que ce système avait pour but d'exclure petit à petit le flamand des afl'aires administratives «. Des Cressonnières n'a pas de peine à réduire à néant ces allégations tendancieuses. Les preuves qu'il apporte sont incontestables (o. c., pp. 298-299 et 315).

Voir la liste de distribution des ordonnances dans le texte français ou flamand selon la langue des localités, dans Gaillard, Le Conseil de Brabant, t. 1, p. 222. Pour la procédure, cf. Gachard, Ordonnances, t. V, p. 46; t. XI, p. 1; t. XII, pp. 532 et 4. En 1761, il est décidé d'envover les ordonnances au pavs de Waes en flamand (Ib., t. VIII, p. 445).

tableaux du chevalier Verhalt à Bruxelles, faite l'année...^: « ... le crieur, ou celui qui était préposé a indiquer a haute voix le prix qu'on offroit pour chaque tableau, crioit alternativement en flamand et en François, ce qui se fit alors en cette dernière langue pour la première fois. Je tiens, dit-il, cette particularité du crieur même »^

Il ajoute : « On parle plus françois en ces pays-bas qu'en Gascogne, mais non pas si bien ))^. A-t-il pris cette idée générale comme tant d'autres, à Scaliger ?

A cet effet, on exige, chaque fois qu'il y a lieu, la connaissance du flamand des fonctionnaires qui sont envoyés dans les pays où se parle cette langue. Même pour les Membres du Conseil Privé, elle est considérée comme désirable. C'est un titre pour ceux qui sollicitent des emplois que de déclarer qu'ils la possèdent'^.

Kurth, trompé par des prédécesseurs, a prétendu^ que la correspondance du gouvernement avec les échevinages des villes flamandes eut désormais lieu en français*. Il n'en est rien '. Les papiers l'établissent. Bref, aucun règlement administratif ne laisse paraître la moindre intention de détruire le flamand.

1. L'année est en blanc, mais il s'agit sûrement d'une année récente.

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