‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 289 sur 595 · ORIGINES · texte numérisé non relu

ORIGINES

droit de voir dans ce fait comme une sorte d'hommage rendu aux ordonnances des rois de France, à leur législation? C'est une preuve, en tous cas, des relations étroites établies entre Paris et les régions qui nous occupent, où s'adirme la prépondérance politique de l'Ile-de-France \

Il n'y aurait pas lieu d'insister sur cet ascendant de la France, s'il n'importait de redresser certaines exagérations. « Jusqu'au XVI* siècle, dit V. de Saint-Genis, les princes de Savoie et leurs gentilshommes firent leurs premières armes dans les armées de France ; les jeunes gens qui devaient plus tard devenir en Savoie magistrats, évêques, docteurs, étudiaient aux écoles de Paris, de Bourges, d'Avignon, de Valence » ^. Ainsi bon nombre de nobles Savoyards apprirent à Paris non seulement ce qui passait pour être la politesse ou l'éléffance des manières, mais aussi le « français de France ». Lorsque, vers la fin du xvi* siècle, le père de saint François de Sales enverra son fils achever ses études à Paris, il ne fera que continuer une tradition séculaire. Déjà au x"" siècle, si l'on en croit les biographes de saint Bernard de Menthon, le futur (( apôtre et héros des Alpes » aurait été, sur l'ordre de son père, le baron de Menthon, conduit dans cette ville par son précepteur Germain, pour en revenir « docte parmi les doctes » '\

Admettons ces faits, quoique le dernier soit d'une authenticité discutable. Il convient cependant de n'y pas voir ce qui n'y est pas. En parlant des études, on oublie toujours que, dans les Universités et les Écoles, le français était proscrit et traqué. Si lesjeunes gens l'apprenaient, c'était à la dérobée et en risquant le fouet. Au reste, sur cette question de l'instruction, les historiens n'ont pas ménagé les contradictions*^.

Victor de Saint-Genis, Histoire de Savoie, t. III, p. 441. « Sur les 167 actes du Cartulaire de Bourg, antérieurs à la conquête de François I'^'', 139 sont en latin et 8 en français ; la langue bressane n'y apparaît nulle part ».

1. Le môme historien relate un cas bien intéressant et qui vient à l'appui de cette hypothèse: « Les rapports d'affaires entre la France et la Savoie, dit-il, étaient tels (vers le milieu du xiv*' siècle) que certains édits du roi de France purent être rendus, sans modifications, exécutoires dans les États de Savoie. Ainsi une charte du comte Amédée, du 18 septembre 1IV43, relative aux privilèges des officiers de la monnaie (Recueil de Jollv), intercale dans son texte latin, où le comte appelle le roi nostrum domiimm, la transcription littérale des lettres-patentes de Philippe de Valois d'avril 1337, écrites en français et réglant le même objet «. Cf. Philipon, Le dialecte bressan aux XIII" et XI V siècles, dans Reoue des Patois, t, I, P'' fasc. ; J.Brossard, Cartulaire de Bourg en Bresse; Philipon, dans P. Mejer, Documents linguistiques..., t. I, p. 6.

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