RÉVOLUTION AU XVI' SIÈCLE
Quelle était l'attitude de l'Église ? La même sans doute que partout. Prêchait-on ou non en savoyard, nous ne le savons pas pertinemment, en ce sens que nous n'avons pas les textes '. Mais on peut être à peu près certain qu'il faut répondre par l'afErmative. Seulement le clergé n'a jamais pensé à faire l'effort qu'il a fait en d'autres temps et en d'autres lieux pour la « petite langue «. Il n'avait pas de raison.
La place de l'italien. — Le transfert de la Cour à Turin n'en a-t-il pas empêché ou retardé la francisation ? On ne peut guère s'empêcher de penser que c'était là un sérieux obstacle. On se trouvait au contact du dialecte piémontais et d'autre part dans le voisinage du toscan. Mais les parlers italiens pouvaient-ils de là gagner la Savoie, « le pays delà les monts » ? 11 n'en fut rien. Et tout ce qu'on a pu dire sur l'implantation de l'italien dans le pays de Savoie ne repose sur aucun fondement.
Certains songe-creux, constatant que l'élimination du français était impossible, auraient rêvé une fusion, tel ce Barnabite, évêque d'Aoste, Bally (alias Bailly), M""" Albert-Philibert", premier conseiller d'Etat du duc de Savoie Amédée P'. Dans son discours d'installation à l'Académie littéraire de Turin (publié en 1678), il traite des avantages qui résulteraient de l'union de la langue italienne avec la française. Projet chimérique, dont rien de sérieux ne pouvait sortir.
Savoie-Piémont garda ses deux langues officielles. 11 en eût fallu plus au petit Etat si son langage eût dû être aussi changeant que sa politique.
i. Voir J. Désormaux, A-t-on prêché, a-t-on prié en patois savoyard? clans Revue Savoisienne, 1914, p. 18.