CHAPITRE IV LE XVII« SIÈCLE. SAVOYARDS ILLUSTRES
Nous voici .irrivés à l'homme célèbre dont l'Église a fait un saint, dont Louis XIII eût voulu faire un Français : François de Sales ^ Avant d'embrasser l'état ecclésiastique, il s'était d'abord fait recevoir docteur en droit et avait été avocat au Sénat de Chambéry. Dès sa jeunesse, il avait perfectionné son français à Paris même, pendant qu'élève du Collège de Clermont, il fréquentait des familles cultivées ^.
Il est peu de livres qui aient eu le succès de V Introduction à la i'ie déç>ote. Dans son pays, dont il avait ramené une partie au catholicisme, son action dut s'exercer sur tous ceux qui savaient lire. Cet auteur, qui n'en est pas un, qui, sans apprêt, verse toutes les grâces de sa personne dans son œuvre de dévotion, et met dans son style une harmonie spontanée, un sens du pittoresque, une variété d'imagination, une profusion de douceur, n'a pas cessé d'enchanter les âmes pieuses. Son talent a fait oublier son intolérance.
Il est bien vrai que ni V Introduction, ni le Traité de l'Amour de Dieu n'apportèrent aux théologiens rien qui pût servir à l'art de raisonner et de persuader, mais on imagine facilement quelle valeur nouvelle apportait à la langue française cette « viande de suavité». D'une part aucun lien solide ne pouvait attacher l'esprit savoisien à l'esprit français. D'autre part ce livre rouvrait à notre idiome ces jardins de la rêverie religieuse qui entourait le temple où on lui avait interdit d'entrer.
Quand saint François de Sales accompagna le Cardinal Maurice de Savoie, chargé d'obtenir pour le prince de Piémont la main de Christine, sœur de Louis XllI, un autre membre de celte am-
1. Né à Tl.orcns, le 21 août 4367, mort à Lyon le 28 nov. 1622. En 1602 il était venu prêcher à Paris, et succéda la môme année à l'cvêquo de Genève.
2. Voir Strowski, Saint François de Sales. A Padouc, où il fit son droit, il apprit l'italien et môme l'espagnol (p. 70, n. I).