Delavaud, o. c, p
métier, éruclit distingué par à côté, que Danzay, qui en fit son secrétaire, invita à diriger la reliure de la Bible danoise de Christian III (parue en looO).
Toutefois, dans le monde des affaires, la langue française avait la plus grande peine h pénétrer. Depuis le xiv* siècle, la Hanse avait puissamment contribué à répandre l'allemand sur toutes les côtes du Nord. Même quand l'association eut perdu sa puissance politique, elle ne cessa pas de rattacher par des intérêts communs les cités commerçantes de la Baltique. Lorsqu'on avait besoin de parler ou d'écrire en français, on avait recours à des interprètes*.
Christian III. — Nous sommes à cette époque, comme on le voit, dans une période de préparation et d'attente. Christian III lui-même n'est nullement un roi francisé, à la manière des souverains du xviii* siècle, loin de là; il ignore le français. Toutefois il avait du goût pour tout ce qui venait de France. — « Il prend plaisir, écrivait François de Bordeaux, à ouïr parler des modes de France sur toutes autres et met peine à s'y conformer; feu M. de Roltembourg, qui était à M. de Bourbon, et frère de celui qui encore y est à présent, lui en a appris beaucoup, dont il use tant à la guerre qu'autrement ». Rien de décisif non plus chez Frédéric II, qui lui succède.
Mais Christian IV, qui monte sur le trône à la fin du xvi* siècle, s'oriente nettement de notre côté. 11 envoie en France son fils, qui est reçu avec distinction à la Cour. En 1629, on passera un traité de commerce. L'influence de la civilisation méridionale augmentait peu à peu. 11 y eut à Soro, en 1623, une Académie, où des professeurs appelés de l'étranger formèrent des jeunes gens de la noblesse. Ils leur enseignaient les langues modernes : allemande, française et italienne. Aussi n'étail-il, dès lors, pas rare de rencontrer des gentilshommes versés dans la littérature moderne et qui parlaient, avec le latin, le français, l'italien el l'espagnol'.
Sa fille, Leonora Christina, mariée à un « grand noble », et bien connue dans l'histoire de Danemark, a écrit sa vie en français. Eu 16 i7, elle vint à Paris. M""* de Motteville dit : « Elle étoit habillée à la française, et avoit bonne mine ... Elle vint chez la Reine de même qu'auroit fait une de nos princesses ; et quand elle fut au cercle, elle ne témoigna nul embarras de se trouver au milieu de tant de gens qu'elle ne connoissoit point. Elle parla souvent, et tou-
1. « Un de CCS marchands, voyant que j'étais étranger, commande à un de ses domestiques qui parloit François, de me mener à Visby » (La Martin., Voy. des païs septentr., p. 5).