CHARLES XII
Racine. En 1699, une troupe française s'installa à Stockholm \ Charles Xll, pour absorbé qu'il fût par ses entreprises militaires, n'était pas hostile à cette acclimatation, et accordait même aux comédiens français diverses facilités ". La troupe, tout en se disloquant, resta quelque temps dans la ville ^
D'autre part la France, succédant à l'Italie, devint alors la patrie d adoption des artistes suédois, des peintres comme Gustave Lundberg, fixé à Paris en 1717 pour près de trente ans, membre de notre Académie de peinture et de sculpture ; comme le portraitiste Roslin, le miniaturiste Hall, cemme Lafrensen et Wertmûller. Tessin, ambassadeur à Paris, entretenait ce goût en achetant en grand nombre des œuvres françaises^.
La terrible décadence qui suivit la folle équipée de Charles XII n'arrêta pas dans la Suède vaincue et abaissée le mouvement commencé vers nos arts et notre littérature, dont Frédéric de Hesse se montra à son tour amateur. Dans l'Académie des Beaux-Arts, fondée en 1735, c'est la France qui donna le ton. Le peintre français Taraval la dirigeait. Le rococo régna en maître. Lundberg n'était pas un Français, mais c'est à Paris qu'il avait fait ses études, comme presque tous ses confrères, qui, eux, n'avaient pu étudier en latin.
Parmi les Suédois les plus assimilés il convient de citer Otter (Johan), orientaliste (1707-1749), qui arriva en France en 1728. Le cardinal Fleury l'envoya à Constantinople dans une mission diplomatique. Nommé en 1746 professeur à l'Université de Paris, membre de l'Académie des Sciences, il a laissé plusieurs publications en français \
4. Rien n'est plus curieux que les démarches auxquelles donna lieu le projet d'organisation. Dès le début de t698, l'agent du Roi à Paris engagea des pourparlers avec dix troupes de province, qui jouaient à Dunkerque, Strasbourg, Saint-Omer, Bordeaux, La Haye, Metz, Lyon, Tours, Nantes et Rouen. Ce fut la troupe de Metz qui l'emporta, c'était celle de Claude Rosidor.
Peut-être lui donna-t-on la préférence parce qu'il était déjà connu par son séjour à Copenhague ? En tout cas on choisit une troupe « bien mise », elle comprenait sept acteurs, six actrices, quatre chanteurs, une chanteuse, cinq danseurs, une danseuse, six musiciens et un décorateur, trente et une personnes en tout, sans compter, probablement, quelques « gagistes » (voir Franscn, Corn. fr. en HolL, p. 24S, et Schiick, 0. c, p. t07).
2. Voir Lettre adressée aux conseillers du royaume concernant les comédiens français à Stockholm, datée de Kovno en ITO'i : « Avons arrêté que des Comédiens français seront exempts de notre dernier impôt relativement à l'usage d'habits diaprés et de provenance étrangère, et seront Hbres de porter toute espèce d'habits qu'ils désirent, soit diaprés, soit de provenance étrangère... « (Schiick, o. c, p. 16o).
3. Troche de Rosidor, Gourlin de Roselis et sa fille furent renvoyés en 1700 ; l'arlequin Toubelle quitta la troupe en 1701 et sa femme en \101 ; en 1700, Pierre Duchemin regagnait Paris; en 1708, Claude Rosidor jouait à Hambourg (Fransen, o. c., pp. 247-219).