‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 334 sur 595 · AU TEMPS DE GUSTAVE III · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE GUSTAVE III

Nous voici arrivés à Gustave III. C'est l'époque où l'influence française atteint son plus grand développement. Suivant le mot de rhistorien Wieselgren, la Suède prend des airs de « colonie française ».

La formation d'un prince francisé. — Il ne s'agit plus d'un roi de goût français, plus ou moins prononcé, mais d'un roi francisé, comme son oncle Frédéric de Prusse. Toute son éducation avait été française. Tessin, son premier gouverneur, l'avait tourné systématiquement de notre côté. Pour suédois qu'il fût, après un long séjour à Paris (1739-1742), où il avait été fort remarqué et était devenu l'ami de nos hommes de lettres, il s'était essayé à écrire en notre langue et y réussit assez bien'. Il aimait notre tour d'esprit, notre façon de penser et de dire. Il accoutuma son élève à regarder la France comme la préceptrice de la Suède. C'est lui qui, parlant des fonctions de ses successeurs, estimait qu'ils étaient et devaient être non seulement des diplomates, mais des sortes de Ministres de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, à qui appartenait la charge de présenter leurs compatriotes dans les cercles d'artistes et d'écrivains français -.

Des mains de Tessin, Gustave III passa dans celles de Scheffer, qui lui aussi avait été ambassadeur à Paris, et devint le missionnaire de la philosophie française, dont il était enthousiaste.

Son culte de la Frange. — Cette éducation porta ses fruits. Le roi ne se souciait ni du latin, ni de l'allemand, ni de l'anglais. Le français lui suffisait. Il le parlait avec facilité et élégance ^ 11 voulut voir Paris. Il y vint de bonne heure, et c'est même là qu'il

1. Il a laissé un petit roman en français intitulé Faunillane ou V Infante jaune. Son vaste journal, qui parut en 1819, est en suédois, mais contient beaucoup de pages en français, les Lettres d'an vieillard en renferment aussi.

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