Nordfeldt, o. c, p
Suivant les calculs de l'auteur auquel j'emprunte ces exemples, on pourrait compter environ dix pour cent de mots français dans le vocabulaire suédois'. Assurément le xix* siècle en a apporté une grande partie, mais c'est à l'époque dont nous nous occupons, que la plupart des mots de culture générale semblent avoir pénétré.
Il en est même un certain nombre qui ne se retrouvent plus dans la langue actuelle : appartamenter, chagrinera^ deplorabel, fortune, imaginera, incommodera, incomparahel, obligera, malhonnett, pensiv, sensibel- .
La manie de farcissure a été, comme partout, poussée au delà des limites du raisonnable. 11 arrivait qu'une lettre suédoise écrite par un gallomane fût à peu près compréhensible à un Français, tant le style en était macaronique. Strindberg cite en preuve un morceau de Bengt Oxenstierna (1682)^ :
Je suis malheureusement hors d'état de vérifier si certains de ces éléments étrangers avaient pénétré un peu profondément dans la population. Il est probable que ceux qui ont été conservés s'étaient vraiment répandus dès cette époque. Les documents sont rares et demandent une interprétation. Ainsi Arndt (Ernst. Moritz) né en 1769 à Schoritz, dans l'île de Rugen, raconte que les paysans le saluèrent d'un Wun Schur (Bonjour) et de temps en temps s'exclamaient: A la Vondôr (à la bonne heure) ^. Mais nous sommes là sous l'influence prussienne, quoique dans un pays qui peu auparavant était suédois'. Et puis qu'est-ce qu'une exclamation, ramassée au hasard. Le paysan allemand qui choque son verre en criant Prosil, sait-il le latin ? Tout au plus a-t-il eu un fils étudiant.
Nous ne pouvons quitter ce sujet sans noter que peu à peu, au fur et à mesure que le génie allemand prenait son essor, des comparait sons s'instituaient, qui n'étaient pas toujours en notre faveur, et que l'admiration commençait à se partager entre l'astre de la veille et celui qui commençait à luire ^
i. Nordfelt, 0. c, p. 69.