‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 382 sur 595 · CHAPITRE II LA RUSSIE S'OUVRE A LA CIVILISATION OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LA RUSSIE S'OUVRE A LA CIVILISATION OCCIDENTALE

Pierre le Grand. — A dire vrai, ce n'est pas en France que le régénérateur de la Russie chercha ses modèles. Notre civilisation était trop raffinée pour sa nature fruste, avide de progrès, mais exclusivement attachée à l'utilité '. Il faut ajouter qu'en 1697 Louis XIV, qui ne voyait pas ce qu'il pouvait gagner à des relations avec la Moscovie, avait poliment, mais nettement décliné la visite du tsar.

Il est exact que ses envoyés trouvaient la France présente partout en Europe^. Mais, avant de goûter certains raffinements, il faut avoir fait de premiers progrès, élémentaires. Le Tsar ne les fit jamais. Il avait appris un peu d'anglais, il parlait le hollandais et tant bien que mal l'allemand, qu'il voulait qu'on parlât à la Cour. Il n'eut jamais la curiosité de se mettre au française D'autres le firent. Dès 1702, le tsarévitch Alexis lui-même avait reçu l'ordre d'étudier notre langue, qui, de l'avis du précepteur hollandais Ilussens, était « la plus facile et la plus usuelle ». Le jeune Prince apprit à se servir de livres faits pour le Dauphin *. Des diplomates, quelques gens de bureaux s'initiaient tant bien que mal aux rudiments. Des Français

1 . Pourtant, parmi les cinquante médecins que Pierre le Grand lit venir à Moscou en 1697, treize portaient des noms français. Louis Lcnfant, frère de Jacques, leur servit de pasteur de 1698 à 1701 {Bull, de la Soc. Hist. prol. fr., 1895, XLIV, p. 208).

2. Haumant dit justement à ce propos : Son ambassadeur Kouraltine arrive à ^ icnne ; il y voit « César en habit français ». Il va à Berlin : « le roi de Prusse s'y comporte en tout comme le roi de France » ; il faut, pour se présenter à la Cour, que Kourakine s'équipe chez des « marchands de galanteries », qui sont français. Il se transporte à la Haye : Les plésiry de cette capitale sont les mêmes qu'à Versalis. A Anvers, il loge au meilleur hôtel, c'est celui du Petit-Paris. A Bruxelles, on lui joue, en français, l'opéra et la comédie ; il en est de même à Turin. Londres seul fait exception, dans une certaine mesure ; encore les lettres qu'il y reçoit do Bolingbroke sontoUcs en français. Comment, dans ces conditions, se passer de cette langue ? En 1707, à Versailles, d'Iberville constate que Matviéief entend le français et, sans doute, le parlera bientôt. A la môme époque, Kourakine en est encore aux mots isolés Deux ans

plus tard, nous le voyons se munir d'un dictionnaire français, en quatre tomes, dont il ne peut se servir, d'ailleurs, qu'avec l'aide d'étudiants russes d'Amsterdam que, dès 170i), on a mis à l'étude de notre langue. Quelques années plus tard, lors du voyage du Isar en France, il sera seul, dans sa suite, à parler le français à peu près couramment (o. c, p. 13).

3. Volt., Hist. (le P. le Grand, ch. viii. Saint-Simon a affirmé, au contraire, qu'il l'entendait, mais croyait de sa dignité de se servir d'interprètes.

■4. Ilaumant, o. c, p. 14.

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