Expans, de l'Art fr. mod., pp. 406 cl suiv
3. Aux termes du contrat passé avec Caravaque, ce dernier « s'engage à se rendre à Saint-Pétersbourg et y peindre pour S. M. L pendant trois ans des tableaux historiques, forêts, campagnes, batailles, portraits et animaux, à l'huile, dos grandes et des petites, de même que des mignatures « subtiles », portraits et tableaux d'histoire » ; « il s'engage à prendre à son service les Russes que S. M. voudra bien lui indiquer pour leur enseigner tout ce qui concerne l'art de la peinture ».
4. Lorsqu'un certain Vinius (d'origine hollandaise et qui servait à la Cour russe) mourut en 1718, sa bibliothèque fut, par ordre du Tsar, transportée dans la nouvelle Bibliothèque Publique à Pétersbourg. Or, parmi les livres étrangers, se trouvait Le Grand Dictionnaire François-Flamand. Amsterdam, 1699 (Pickarsky, Se. et Litt. sous le règne de Pierre le Grand (en russe). Pétersbourg, 1862, p. 208).
Les femmes qui tenaient assemblée, à la mode de Paris, habillées ou plutôt travesties à la française, ne savaient point notre langue. On leur jouait du Molière... traduit. Pour comprendre le français, il n'v avait que peu de personnes : la Tsarevna Nathalie, le chancelier Ostermann, six ou huit courtisans, et des dames, celles sans doute à qui Trédiakovsky montrait ses vers. Etaient-elles bien nombreuses? C'est peu probable, car nous voyons réquisitionner toujours les mêmes, à l'arrivée d'une ambassade étrangère'.
La bibliothèque d'Ostermann, avec son Têlêmnque, son Dictionnaire de Bavle, ses Lettres de Voiture et ses Secrétaires de la Cour, demeurait un outil de peu de service. En user, ce sera l'affaire de la génération prochaine, que commencent à dresser des précepteurs. A travers les traductions filtrent dans le russe nos premiers vocables, politiques, militaires ou mondains, comme les mots grecs avaient filtré chez nous au Moyen Age à travers le latin.
Ces traductions étaient du reste le grand espoir d'un maître plus attaché au fond qu'à la forme. Les sciences, comme les métiers, se prêtaient à ces adaptations, et le génie de Pierre le Grand, ce créateur d'empire, avait fort justement démêlé que c'est grâce aux sciences et à leurs applications qu'un peuple inculte peut être tiré de la barbarie. Il visita, lors de son second voyage, l'Académie des Sciences de Paris (1717), et il semble qu'il ait éprouvé une satisfaction réelle à être élu membre de la Compagnie-.
Les frères Volkov, qui avaient fait leur éducation à l'étranger, furent ses instruments pour ce dessein. L'un d'eux en mourut. Il lui avait été prescrit de mettre en russe le Traité de La Quinlinie sur le Jardinage. Il y avait là tant de mots techniques que le malheureux bdcheron, incapable de trouver les équivalents russes, se suicidai