‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 384 sur 595 · LA RUSSIE S'OUVRE A LA CIVILISATION OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE S'OUVRE A LA CIVILISATION OCCIDENTALE

la construction de la première église catholique n'ait été autorisée que par Pierre le Grand, en 1698. C'est en 1702 qu'un manifeste promit aux étrangers la liberté de confession.

En 1717, tout était changé '. Les circonstances économiques, dues entre autres à la chute du Système, engageaient à chercher fortune au dehors. On trouvera dans l'ouvrage de Réau la liste des artisans engagés par le Tsar^. Il y en a de tous métiers : des peintres et des menuisiers, des architectes et des machinistes, des tapissiers hautelissiers et des tailleurs de pierres, sans parler des selliers, des charrons, des serruriers, des gaîniers. Or leur contrat portait presque toujours une clause stipulant qu'ils s'engageaient à u montrer » à des élèves ^ C'était le cadre d'un enseignement technique que la Russie empruntait à la France.

Il ne faudrait pas du reste prendre nos compatriotes établis en Russie pour autant de professeurs de langue française. L'enseignement d'une technique tient surtout dans l'exemple; l'apprenti fait comme il voit faire. Toutefois quelques explications lui sont nécessaires. Le français filtrait par là dans une classe qui n'était point l'aristocratie, mais se composait de ses fournisseurs.

Encore cette influence fut-elle éphémère. Les promesses faites n'étaient pas tenues. Dès le 3 janvier 1718, le consul de France Loisie informait le cardinal Dubois qu'il était urgent d'arrêter l'exode. En 1724, artistes et artisans français n'étaient plus à Pétersbourg qu'une poignée de faméliques. Les autres étaient morts de misère ou repartis, de sorte que, dans les premières années du xviii" siècle, on en est encore à signaler l'entrée d'un personnage français, comme Baluze ou d'un livre français en Moscovie ^.

Après la fondation de Pétersbourg, il y eut une chapelle huguenote, dans la maison du vice-amiral Cruys (76., p. ''208).

Bientôt, Anglais, Hollandais et Français se séparèrent, et les Français, à qui se joignirent quelques nobles allemands, voulurent avoir une église française, à la construction de laquelle des Huguenots de partout, sollicités, contribuèrent (76., p. 210-211).

i. En ni5, à la mort de Louis XIV, Zotov, l'ambassadeur de Russie à Paris, écrivait à Pierre l'^ : « Le roi mort, l'héritier étant très jeune, nombre d'artisans chercheront fortune dans d'autres pavs, ce pourquoi je conseille de saisir le moment opportun ». Cf. Poellnitz, Lelt. et Méin., t. IV, p. 404.

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