CHAPITRE III SOUS LE RÈGNE D'ELISABETH
Les souverains éphémères qui se succédèrent sur le trône de Russie après la mort de Pierre le Grand étaient sous l'influence allemande. L'aventure d'un Carmedon, ancien coiffeur, promu intendant de la Cour sous le règne d'Anna loannovna, n'est qu'une curiosité, parmi d'autres.
Notons-le pourtant, dans l'éducation publique, c'est sous le règne d'Anna loannovna, que le français fut introduit. Certaines écoles l'avaient à leur programme. Ici nous avons des chiffres précis. Nous savons par exemple, grâce aux archives du Corps des Cadets, que, dès 1732, sur 282 élèves, 91 avaient choisi le français comme langue étrangère.
La Révolution de 1741 porta Elisabeth sur le trône. Quoiqu'elle ne fnt pas devenue, comme elle l'espérait, la femme de Louis XV, elle gardait pour le Roi un penchant, et pour la France de la sympathie. C'est vraiment de ce règne que date l'influence française. La Chétardie écrivait au ministre Amelot : « La France est ici en bénédiction » \ Il exagérait. Néanmoins un petit-fils de Réfugiés huguenots, Lestocq, et ce même Français La Chétardie avaient contribué grandement à l'élévation de la tsarine, et elle s'en souvenait. Lorsque La Chétardie fut découvert et chassé, les goûts de la tsarine ne changèrent pas. Elégante, coquette même, elle gardait de l'inclination pour le pays des élégances ; suivant l'opinion de l'envoyé polonais Lefort, elle semblait « née pour la France, n'aimant que le brillant ».
Elisabeth parlait elle-même difficilement notre langue, cependant elle avait lu des écrits français, en particulier M"'* de Lambert.
En 1744 paraît pour la première fois à Moscou une vraie comtesse, M"'' d'Hacqueville. Les goûts de l'Impératrice étaient entretenus et fortifiés par le favori, Ivan Ivanovitch Chouvalov, « Mon-