Vandal, Louis XV et Elisabeth, pp. 16-4 et
Histoire de la langue française. VIII. 32
sieur Pompadour, Français à brûler », disait Frédéric II. Il faisait venir de Paris, malgré la distance, habits, meubles et domestiques. C'est sous ce règne que le vernis germanique, dont la génération précédente s'était barbouillée, tomba.
Après avoir été attirée vers l'Angleterre par des relations commerciales, vers l'Italie par un prestige ancien et le soin de ses intérêts en Méditerranée, vers l'Allemagne par son besoin d'organisation militaire et scolaire, après avoir eu des maîtres allemands, hollandais ou suédois, la Russie sentit enfin, pour nous servir d'expressions qui sont plus de notre temps que de celui-là, que ce qu'il lui fallait, c'était « le maximum d'européanisme avec le minimum d'efforts »' , et que le moyen le plus court pour l'acquérir était de connaître la langue « européenne ». Or il se trouvait que ce moven était en même temps celui qui permettait de se former à l'urbanité ^
« Notre langage, dit Vandal, nos coutumes, nos modes prirent droit de cité à Pétersbourg, et l'on vit les Russes s'essayer, sous les auspices de l'heureux La Chétardie, aux manières libres et aisées, à Télégance frivole et aux grâces raffinées de la société française » '.
L'idée de fonder une Académie comme il en avait vu à Paris, avait déjà hanté Pierre le Grand, et, le 20 janvier 1724, il avait publié un oukase à ce sujet. Sa mort empêcha la réalisation de son plan, mais il fut repris par ses successeurs. Dès 1725, sa femme Catherine avait fondé l'Académie des Sciences, sa fille Elisabeth créa en 1758 l'Académie des Beaux-Arts. A vrai dire c'est le favori Chouvalov qui, dans un voyage à Paris en 1756, avait tout préparé. Curateur de l'Université de Moscou, le comte avait d'abord pensé faire du nouvel établissement une annexe de l'Université. La difficulté d'attirer si loin les étrangers qui devaient être professeurs fit décider en faveur de Pétersbourg. L'Université de Moscou faisait déjà large place aux étrangers. Elle avait un Français^. Dans la nouvelle Académie, ils dominèrent.
On se met au français. — L'étude du français commença à se généraliser. On importait des grammaires^ et des maîtres.