Tasifvin, o. c, p. 101, et A. Mooser, o. c. p
6. Favarl, Mém. el Corresp., l. II, p. lifl, au comte de Durazzo, 13 octobre 1763.
7. F. Fabcr, Histoire du théâtre français en BeUjique, t. I, p. 520-221 ; Gœtbe, Ans meinem Leben, I, III (éd" Theodor Friedrich. Leipzig, Pli. Reclam jun., s. d., in-S", pp. 105 et suiv.).
menl aidé par l'ambassade russe dans l'accomplissement de sa mission. On nous a raconté à ce propos une histoire des plus suspectes, que nous rapportons en note \
Mais le fait que ce racontar se retrouve dans les Mémoires de plusieurs contemporains montre combien ce recrutement des acteurs français passionnait la haute société russe et comment les moindres difficultés de ces négociations, nécessairement délicates, étaient immédiatement grossies.
Il paraît certain, en tous cas, que l'on dépensa sans compter pour attirer les meilleurs éléments des troupes provinciales. La Russie apparut bientôt comme une manière d'Eldorado, d'où nos comédiens revenaient la bourse pleine et l'amour-propre satisfait". Les émoluments prévus étaient de 2000 roubles pour les premiers rôles, 1800 pour les soubrettes, i200 à loOO pour les seconds rôles, 600 pour les emplois inférieurs^, ce qui représente à peu près le triple des appointements accordés en France et fort irrégulièrement payés.
En pratique, ce tarif fut dépassé tout de suite, et les prix montèrent sans cesse : Pierre Bourdois, engagé le 1" mai 1766 pour 2400 roubles, en reçoit 2700 en 1769, plus 900 roubles de gratification triennale; sa femme, Clairon Brochard, passe de 1000 roubles en 1786, à 1200 roubles en 1789; M""' Sage-Martin, qui joue les reines et mères nobles, passe de 3000 à 4200, de 178o à 1791. En 1799, après la mort de Catherine, et en pleine réaction anti-
1 . Autour de ce séjour qui dura dix-huit mois environ, de février 1767 à septembre 17H8, une véritable légende s'est créée : Dmitrevskoï aurait essavé d'enlever à la Comédie-Française tous ses acteurs en renom ; Lckain et Clairon auraient accepté ses offres, mais, ce petit complot ayant été découvert, Dmitrevskoï et BcUecourt, qui lui aurait ser^i d'intermédiaire, auraient été mis à la Bastille. Catherine II, informée par son ambassadeur, le comte Chouvalov, aurait adressé à Louis XV^ une lettre extrêmement aigre, le menaçant d'exercer des représailles sur les Français établis en Russie : « Je considère de mon devoir de prévenir Votre Majesté que Je traiterai tous vos sujets qui se trouvent chez Moi en Russie de la même manière dont Vous avez usé et userez à l'avenir envers Dmitrevskoï «. Cette fable se trouve notamment dans les .l/émoires de iXossov et de Soumarokov : Tout cela n'est que fantaisie : la prétendue lettre n'a jamais été vue dans aucun dépôt ; si Bellecourt avait été emprisonné, il aurait été mis au Fortl'Evêque et non à la Bastille; enfin l'ambassadeur de Russie à Paris était alors Golilsin et non Chouvalov.
Vsevolodski signale (o. c, p. 43) une lettre de I. Elaguin, directeur des théâtres impériaux, à A. Vorontsov, attaché à l'ambassade russe en France (^Arrliives des Vorontsov, XXX, pp. 333-337), dans laquelle Elaguin le remercie d'avoir « aidé à trouNsr des personnes dignes de former une troupe française de comédie », et notamment d'avoir facilité l'engagement d'une demoiselle Martin. Serait-ce Marie Martin, qui joue les premiers rôles à La Hâve de 1762 à 1766 ? (Fransen, Com. fr. en HolL, pp. 337-340).
"2. Journal des Spectacles. 20 mars 1776 ; de Lyon : a ("est une chose assez plaisante de voir, dans le temps oià je vous écris, toutes les troupes de province se dissoudre, se répandre et se reformer... Celui-ci quitte Marseille pour aller chercher en Russie des roubles et de l'encens «.
3. A. Mooser, o. c, p. 11-12. — Un tableau annexé aux Mémoires de l'abbé Georgel évalue le rouble à quatre francs.
française, Ghateaufort, première basse-taille, est payé 3500 roubles; Laroche, premier rôle, Bourgeois, première haute-contre, 4500 ; M™* Valville, premiers rôles forts, 5000, M™* Chevalier, l'étoile de la troupe, 7000, puis 8000 roubles '.
C'est l'époque où Collot d'Herbois, qui se ronge et s'endette à Bordeaux, songe à partir pour ces terres lointaines, sans enthousiasme il est vrai, et seulement « en considération des grosses avances qu'on pourrait [lui] envoyer », et dont il a le plus grand besoin - ; où Aufrêne utilise, en 1774, sur les bords de la Neva, des talents qu'on ne veut pas employer en France^; où la belle Raucourt, saluée par un adieu vipérin de La Harpe, vient jouer en 1776 sur la scène où son père avait tenu les premiers rôles, trente ans auparavant* ; où Chaudard-Desforges termine fructueusement, en 1779, une carrière dont il commence à se lassera
L'Opéra-Comique. — Il semble qu'à côté des pièces tragiques et comiques un autre genre ait fleuri : l'opéra-comique. Belosselski en parle longuement " : « Une autre sorte de spectacle lyrique qui n'existoit pas, il y a quinze ans, c'est l'Opéra comique francois de nouvelle création. L'Impératrice (Catherine II) voulant l'ajouter à ses autres spectacles, fit venir une troupe d'acteurs et d'actrices sous la direction du Sieur Renaud. Ce spectacle formé en France par les essais de M. Sedaine, qui le premier en conçut le genre, et par les compositions de Duni, Philidor, Monsigni et Grelri, eut d'abord assez de succès en Russie, mais ne put se soutenir à la longue à côté de tant de modèles d'une forme plus sublime et plus importante. Il donna cependant lieu à un spectacle des plus intéressants par la circonstance : c'étoit le petit opéra d'Annette et Lubin, représenté par des Seigneurs et des Dames de la Cour à l'occasion
« Cet événement mémorable dans les annales des souverains, et le premier de ce genre dans les annales de Russie, fut célébré par