Id., ib., p. 3o4-3oo
reconstituer, sans tarder et sans marchander, une troupe de choix ^ Le 20 décembre suivant, une somme de 3 000 roubles était ordonnancée pour couvrir les frais d'engagement ^
Les représentations furent d'abord réservées à la Cour ; mais trois ans plus tard, en 1767, les comédiens furent autorisés à donner des spectacles publics \ D'autres faits témoignent aussi d'une faveur toujours grandissante ; tandis que le mardi était réservé aux représentations allemandes et le vendredi aux opéras italiens, le répertoire français était seul traité sur le pied d'égalité avec les pièces russes et paraissait deux fois par semaine : le jeudi pour l'opéra-comique et le samedi pour la tragédie et la comédie \
Encore cette égalité n'était-elle qu'apparente : en fait, la troupe française était de beaucoup la plus favorisée : son budget, qui se montait à 15 000 roubles sous Elisabeth, atteignait sous Catherine 40000 roubles, alors qu'on en dépensait 22 000 seulement pour la troupe russe, et 17 000 pour la troupe allemande".
Tout de suite on voulut avoir des comédiens de Paris ; Clerval, un membre de l'ancienne troupe, fut dépêché pour « faire recrue », et s'assura le concours de M"* Montrose, « par un contrat bien cimenté et des avances assez considérables » ; mais, bien qu'ils eussent, l'un et l'autre, tenu l'affaire aussi secrète que possible, les Gentilshommes de la Chambre trouvèrent le moyen de faire casser l'engagement et de faire retenir l'actrice ''.
Il fallut se contenter, provisoirement, de comédiens recrutés parmi les troupes, souvent médiocres, qui circulaient à l'étranger : Des Rônes, sa femme et sa fille, furent recueillis à Maestricht, où la banqueroute de De Bersac les laissait sans emploi (la troupe de De Bersac était l'ancienne troupe Drouillon, de Dusseldorf, que le jeune Gœthe vit jouer à Francfort, vers 1739) '. Mais on tenait à posséder des comédiens habitués à jouer devant un public français : l'acteur Dmitrevskoï fut envoyé tout exprès en France, et directe-
1. « Le comptoir de la Cour a ordonne d'écrire où il convient au ministre de Russie, afin que l'on trouve les comédiens français nécessaires pour le service de la Cour de Sa Majesté et afin que les comédiens soient bons, de telle sorte que dans les représentations théâtrales aucun rôle ne semble faiblement tenu, sinon ils seront renvoyés. Et ce qu'ils demanderont comme appointements, le réclamer immédiatement, afin qu'ils soient engagés et qu'ils puissent élrc envoyés ici au moment fixé » (note du Comte Sicvers, citée par A. Mooser, o. c, p. 5).