O. Teuber, o. c, p
7. Journal <\c. Klievenhiiller, premier gentilhomme de la Chambre, cilépar J. Witzenetz, 0. c, p. (i.
Le divertissement à la mode' prépara certainement un public aux comédiens professionnels qui arrivèrent pour la première fois des Pays-Bas en 1732. Nicolas Ribou, Hébert et leurs vingt camarades provoquèrent une vive curiosité, lorsqu'ils débutèrent, le 14 mai, avec Le Comte d'Essejc de Thomas Corneille et L'Oracle de Sainte- Foix ; on s'écrasait dans la salle, mais il paraît qu'on fut quelque peu déçu. Les actrices choquèrent tout de suite par leurs « contorsions ridicules »; dans la tragédie surtout, leurs « hurlements », leur « gesticulation forcée jusqu'au grotesque » furent jugées tout à fait insupportables".
Les Viennois étaient, ou se croyaient, ou voulaient paraître des connaisseurs difliciles, en garde contre la « servile et néfaste contre-façon des modes françaises » qui sévissait dans les autres « cours et courettes » d'Allemagne ^ Néanmoins, tout en faisant les délicats, ils acceptèrent la troupe Ribou qui, peut-être, se compléta ou s'améliora^.
Toujours est-il que le théâtre français parut briller d'un éclat très vif pendant une dizaine d'années, jusqu'à la disgrâce du comte de Durazzo (1764).
Celui-ci, conseiller intime de l'Impératrice, négocia longuement avec Favart. Il veut être informé « de tous les événements, grands ou petits qui ont rapport aux quatre théâtres de Paris, et même des provinces, s'il est possible » \ Il ne lui faut pas seulement des acteurs capables de jouer la tragédie, la comédie et l'opéra-comique ; il réclame encore avec insistance un arrangeur, pour remettre au goût du jour et du pays d'anciennes pièces « du vieux style, un peu ordinaire », pour en ôter les allusions que des Allemands ne saisiraient pas et les audaces qui scandaliseraient leur vertu; pour les raccourcir surtout, car on ne peut jouer à Vienne que des pièces en trois actes, pas trop longs, l'usage étant « de donner tous les
1. jM""^ J. Witzenetz signale, en termes qu'on voudrait moins rapides et plus précis, des représentations chez la comtesse Trautsohn, chez le jeune comte Traun, etc.. ; il serait fort intéressant d'établir une liste chronologique exacte de ces fêtes.
2. 0. Teuber (o. c, p. 69) cite ici le Journal de Khevenhûller et un « critique n'appartenant pas à l'aristocratie « dont il ne donne pas le nom. Il y a bien un appel dans le texte, mais la note annoncée a été omise. M"'^ Witzenetz n'a, malgré tout son zèle, pu combler celte lacune.
3. « Man nimml das Idiom Frankreichs an und bewundert dessen hoch entwickelte Komôdie, ohne jedoch jene sclavische und verhangnisvolle Nachâfferei franzosischen Wesens und franzôsischer Sitten mitzumachen, in welclier andere deutsche Fûrstenhôfe und Hôfchen wettcifern » (O. Teuber, o. c, p. 38).
4. O. Teuber signale 40 engagements postérieurs à 1752, 6 actevirs et i actrices ; un état de la troupe de 1732 contient 7 noms qui ne figurent plus dans le Répertoire des théâtres de la ville de Vienne paru en 1757 ; par contre le Répertoire mentionne 13 acteurs et actrices, dont deux enfants, qui ne figurent pas sur l'état de 1752 (J. Witzenetz, 0. c. , pp. 19 et 21).
5. Favart, Mém. et corr., t. I, p. 5 (comte de Durazzo à Favart, 20 déc. 1759).
jours deux grands ballets, l'un entre les deux pièces, et l'autre à la fin de la petite, afin d'attirer ceux qui n'entendent pas assez le français » '.
La tâche de Favart n'était pas toujours facile. Il « se reprocherait d'envover du médiocre », mais les bons sujets sont rares et, à Vienne, on ne gagne pas assez. Il parait que tout le monde n'en revient pas absolument satisfait; il faut tous les jours, à Paris, « briser des lances », faire taire les médisances de l'un, rabattre les prétentions de l'autre, faire valoir auprès d'une troisième « la protection marquée d'une impératrice bienfaisante » et « la décence qui s'observe à ce théâtre ». Parfois cette éloquence échoue devant le veto formel des gentilshommes de la Chambre qui ne veulent point se laisser enlever une brillante recrue ; l'ambassadeur vient alors à la rescousse. Devant les difficultés croissantes, Favart suggère qu'on pourrait bien établir à Vienne une « école tragique et comique », pareille à celle qu'on parlait alors d'ouvrir à Paris".
Finalement la comédie française, en dépit des scrupules que des Excellences éprouvaient ^ au contact de ce monde d'acteurs et d'actrices aux mœurs et au langage libres, s'introduisit à la Cour. Nos classiques régnèrent au Burgtheater*, on y jouait les comédies qui avaient réussi à Paris, Les Vacances de Dancourt (17o2), L'Impertinent de Desmahis (1733), Le Diable à quatre de Sedaine(1759), Le Complaisant de Pont-de-Vesle (1760), L'Echange de Voltaire
(1761), Le Tambour nocturne de Destouches (1761), etc Et un
éditeur viennois réimprimait les livrets.
Le prince de Ligne jugeait ce levain français bienfaisant et nécessaire : « Il y a de l'étofle ici [à Vienne], dit-il, mais il faudrait l'apprêter. Il y a du dessin, mais il faudrait du vernis ; il y a du corps, mais il faudrait une machine électrique pour en tirer des étincelles. Il n'y a pas de pays où un spectacle français soit plus nécessaire; il contribue à l'éducation, au ton, au goût, au maintien et à l'intonation même de la voix. On n'est pas assez militaire ici pour se passer de tout cela »\ 11 avait joué lui-même des pièces françaises'' dans des théâtres de société.
1. Le même au même, 20 dcc. 1739 et 10 août 1763 (Favart, o. c, t. I, p. 2, et t. II, p. 136-187).