‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 444 sur 595 · H. Clouzot, L'ancien théâtre en Poitou, p · texte numérisé non relu

H. Clouzot, L'ancien théâtre en Poitou, p

3. La Harpe, Corr. litt., XX : « Lekain est allé jouer en Prusse ; le prince Henri

Histoire de la langue française. VIII. 37

troupe ; elle fait ressortir d'une façon plus choquante la médiocrité de l'ensemble.

11 semble bien que les troupes françaises qui jouèrent à Berlin furent instables et peu homogènes ; peut-être y aurait-il également des réserves à faire sur la probité de leurs chefs. Actuellement nous connaissons trop mal ce personnel circulant pour affirmer davantage, mais le peu que nous savons suffit à faire naître bien des soupçons. Or, à Berlin, nos acteurs risquaient d'avoir pour juges leurs compatriotes réfugiés, que leur culture française et leurs sentiments peu francophiles devaient porter à la sévérité. Il paraît également que les troupes allemandes ' menèrent une âpre lutte contre ces concurrents étrangers ^.

Néanmoins les causes de ces insuccès renouvelés doivent, suivant nous, être recherchées ailleurs, je veux dire dans la répugnance des milieux berlinois. Guibert, dans une relation d'un voyage fait en Allemagne en 1773, rapporte que le Roi avait favorisé les représentations françaises de dessein prémédité, quoiqu'il « y allât rarement » ; il estimait que c'était là un moyen de « polir les esprits » et « d'accréditer Tusage de la langue française, qu'il parlait toujours »^ L'observation paraît de tous points vraisemblable, Frédéric avait fondé sur le théâtre français des espoirs qui ne se réalisèrent pas ; je veux dire que, si le théâtre de Cour fit fureur, le théâtre public végéta.

Ceux qui avaient reçu l'empreinte du Roi-Sergent la gardaient, et les nouveaux-venus, entrant dans ce milieu déjà bien prussien, partagèrent les répugnances de leurs aînés.

Le public lui-même paraît avoir éprouvé très anciennement une véritable aversion pour nos usages et nos manières. On nous conte que, dès 1734, on jouait à Berlin une pièce où paraissaient des marquis français, d'abord scintillants d'esprit, qui finissaient par être rossés, et la salle d'applaudir*. La discipline, même en Prusse, ne commande pas absolument les goûts. Par respect pour les préférences du roi Frédéric, on ne protestait pas. Mais la docilité n'allait pas jusqu'à faire aimer ce dont il raffolait.

lui donne dix mille écus pour son voyage ; car, pour le roi de Prusse, il ne se soucie plus de lillcrature, il a autre chose à penser ». Cf. Moore, Lett., t. II, p. 182, Lett.

\. Troupes de Dobbelin (17-27-1793), de Koch (1703-1775).

2. Malheureusement on a jusqu'ici négligé d'étudier les rapports et les conflits entre les deux théâtres. Les ouvrages de Brachvogel et de J.-J. Olivier étudient l'histoire intérieure, pour ainsi dire, du théâtre allemand et du théâtre français ; l'histoire de leurs rivalités reste à faire.

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