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Histoire de la langue française. VIII. 38
A Hanovre. — S'il faut rendre aux princes allemands la part qui leur revient de responsabilité, il ne faudrait pas croire que l'esprit d'obéissance ait tout fait. Le Hanovre appartenait à la maison d'Angleterre, et les ducs, étant devenus rois, n'habitaient plus le pays'; cependant Zimmermann pouvait écrire en 1769 : « On ne prononce pas ici un seul mot qui ne soit du français, on coquette en français, on plaisante en français, on s'embrasse en français ».
A LuBECK. — On signale seulement la présence d'une troupe de comédiens français et italiens, entre le 13 juillet et le 22 octobre 1753, et celle de la troupe Hamon, de mai à septembre 1769^; mais on reconnaît que la présence d'acteurs français dans le Nord de l'Allemagne n'était point une rareté ^ Ici encore, il est probable qu'une recherche soigneuse et impartiale révélerait d'autres faits intéressants*.
A Hambourg. — Mêmes plaintes qu'à Hanovre. Cramer, qui y réside, déplore le dédain où l'on tient l'allemand. « Dans beaucoup de sociétés distinguées de Hambourg, dit-il, notre pauvre langue
i. Dès la fin du xvii^ siècle la troupe de Scipion Clavel, qui portait le titre de « Comédiens du duc de Hanovre », circule dans l'Allemagne de l'Ouest et en Belgique (1681) ; on la signale à Bruxelles, à Liège, à Cologne, elle pousse môme jusqu'à Dresde, au carnaval de 169li. Sans doute Cours ou Villes qui n'avaient pas l'opulence nécessaire pour posséder un théâtre permanent, subventionnaient-elles à tour de rôle, des K tournées » ?
2. Stiehl, (ieschichte des Thcaters in Lubeck (Lubeck, 190*2), pp. 30 et 72.
o. Id., ib., p. 31 : « Ucbrigens zâhlten franzôsische Schauspieler im Norden Deutschlands nicht zu den Scltenbeiten ».
4. Lubeck devait être un lieu de passage important pour les comédiens qui se rendaient en Russie ou dans les pays Scandinaves. La troupe Hamon paraît avoir circulé longtemps dans la région : on la trouve à Copenhague au début de 1774 (Ârcb. Opéra, Reg. Op. Corn., n» 3, 27 février 177i)et à Hambourg, du 7 septembre au 13 octobre de la même année (Friedrich, Ludwuj SchrCider, Hambourg, 1889, t. I, p. 271). Aurait-elle continué à visiter l'Allemagne du Nord jusqu'au moment où elle se rend à Varsovie, pendant l'été de 1777 (Bernacki, o. c, t. I, p. 13H, n» 7) ?
maternelle est entièrement proscrite, il y a des jeunes gens qui prononcent jusqu'à leur nom à la française » '.
Le théâtre français de cette ville mérilerait une histoire détaillée et complète. Il ne s'agit pas là en effet d'un spectacle de Cour, dont l'existence est subordonnée aux goiîts personnels du souverain, mais d'un théâtre de ville libre, qui ne peut se soutenir que par la faveur du public, au moins d'une certaine classe de public.
Or le théâtre français apparaît dans le grand port de l'Elbe presque aussi tôt qu'en Bavière, puisqu'une troupe est signalée dès 1675S et persiste bien plus longtemps, caria troupe de Mees Adam et Bursey, fuyant Bruxelles et les soldats de Jourdan, y viendra jouer en décembre 1794^ Seulement, nous sommes loin de savoir aussi bien que pour Munich ce qui s'est passé dans ce long intervalle.
En 1741, une troupe hollandaise annonce en français — ou à peu près — un spectacle de pantomime et de danse, précédé d'une traduction hollandaise de Georges Dandin '* ; en 1748 on joue des « Comédies francois et italiens » (sic) sur le Grand Marché Neuf" ; en 1733, les Français font, parait-il, une âpre concurrence à la troupe de Schœnemann, et Bigottini n'avait qu'à paraître, avec sa pacotille franco-italienne, pour ruiner l'œuvre d'éducation publique entreprise par l'artiste allemand ^ ; en 1762, Hambourg ne figure pas, dans la liste de Chevrier, parmi les villes d'Allemagne qui possèdent un spectacle français, mais, la même année, le comte de Modène écrit à Favart que les ministres étrangers, les nobles et même les négociants en réclament un', qu'il faudrait prendre toutefois des sûretés et
1. Reynaud, o. c, p. 2o0. Il existe alors à Hambourg une Gazelle VoVillque, dont le n» 1 est du vendredi t'^'' janvier ITol.