Voir J.-J. Olivier, 0. c, t. IIl, pp. 31 <-t suiv
de famille étaient français, les enfants ou petits-enfants, nés en Allemagne, sont allemands'.
Si l'on ajoute à cela les efiTets d'une culture médiocre, d'une valeur professionnelle, quelquefois d'une valeur morale inférieure ^ on arrive à se demander quel genre de service ont pu rendre les comédiens qui circulaient du Rhin à l'Oder. Qu'ils n'aient pas édifié l'Allemagne, cela est hors de question. Mais qu'ils l'aient amusée ou intéressée, cela est également incontestable. Nous n'avons pas à discuter s'il était avantageux pour notre réputation que le second résultat fût atteint et que le premier ne fût pas même visé. Dans l'état où était l'Allemagne, quelques friponneries, le désordre moral, en fortifiant certains préjugés, contrecarraient notre influence, mais n'étaient pas assez graves pour la ruiner.
Or il me paraît difficile de contester la valeur et l'effet des spectacles français pour la diffusion, je dirai même pour l'enseignement de notre langue. Je sais que certains raisonnements, certains faits même semblent en opposition avec cette opinion.
Actrices et cabotines. — Les dames, pour plaire, comptaient souvent moins sur leur talent que sur leurs charmes, qu'elles faisaient valoir, — je donne à ce mot tous ses sens. — Voici une note de police sur M"^ Victoire empruntée aux renseignements sur les « demoiselles de moyenne vertu » (avril 1749) : « Elle [la demoiselle Auguste, danseuse de la troupe de Bruxelles] est de Paris, son père était tailleur et s'appelait Gobert. Après son décès, la mère se trouvant veuve avec trois filles et n'ayant d'autres ressources que le produit de leurs charmes, tint pendant quelque temps une
1. Ainsi Clavel, dont la fillette est enterrée à Munich, le 27 avril 4747, « Anna Francesca, Komedianlenkind » dit le registre mortuaire (K. Traulmann, o. c, p. o'iJO, n. 401), est apparemment l'un des deux fils de Scipion Clavel, qui dirigeait les « Comédiens de Mgr. le IJuc de Hanovre» avant devenir à Bruxelles en 4(i78(Liebrechl, o. c, p. 7o)- Ce fils est-il né en F'rance ou en Allemagne ? A-t-il joué devant un public français durant la tournée qui conduit la famille jusqu'à Nantes en 1696 (Et. Destranges, Le théâtre à Nantes. Paris, 4893, in-8°, p. 'èîT) ? Est-ce lui, ou son frère, qui débute, sans succès, à la Comédie-Française en 4708 (Fr. Parfaict, Dicl. Th. Paris, art. Clavel) ?
Toujours est-il que la famille semble s'être fixée en Allemagne, définitivement : c'est à Bavreulh que Liard-Fleury épouse une demoiselle Clavel, vers 4750, et sa petitefille, Louise Fusil, née elle-même à Stuttgart, dit expressément que sa grand'mère était « Saxonne d'origine « (L. Fusil, Souvenirs d'une actrice, t. I, p. 45). En 4775, dans la troupe de Strasbourg, il y avait encore un Clavel dont la fille, âgée de dix-huit ans, voulait retourner en Prusse (Arch. Nat., O. 448, 28 mars 4775, et Arch. Com. -franc.. Conflits province, 4775).
2. Nous ne savons à peu près rien du S'' Saint-Clair, « comédien du prince de Deux- Ponts » en juin 4783, engagé peut-être en octobre par Senéparl, pour le théâtre d'Amiens : le seul renseignement précis que nous possédions, c'est qu'il négligea toujours de rembourser l'agent théâtral Fournicr, qui avait payé pour lui 660 liv. au tailleur Ponlus (Arch. dép. Seine, Jurid'"' consulaire, Reg. 3595).