‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 503 sur 595 · Journ. de Voyage, S., t. IV, pp · texte numérisé non relu

Journ. de Voyage, S., t. IV, pp

en communication avec son « prophète » \ Herder ne l'en détourne pas. Toute sa vie il a continué à lire les auteurs français et à en faire des extraits. Toujours préoccupé de trouver les moyens de porter l'allemand à sa perfection, il préconise les traductions d'ouvrages français écrits dans la prose de la conversation et reconnaît que celles qu'on a faites depuis quelques années ont rendu de grands services ^. Ailleurs encore, considérant l'allemand et le français et leurs rapports, il reconnaît qu'ils n'ont pas été sans profit^, tout au moins que le français fait corps avec une partie de la culture moderne et qu'on ne saurait guère les séparer. Lui-même s'en sert à l'occasion. Mettons de côté l'invitation à une tenue maçonnique qu'il commence et termine en français en 1781 ; il se peut que ce soit là affaire de rite ; mais le français n'est pas exclu de sa correspondance. Campe lui présente en français de longues observations sur ses Ideen. Il ne semble pas qu'il ait protesté ^.

Tout cela semble bien en contradiction avec cette foule de passages où il récrimine et vitupère. Mais, pour le trouver en contradiction avec lui-même, il n'est nullement nécessaire d'opposer une œuvre à une autre éloignée de la première de quelques années. Le voici qui paraît dégoûté de la France : « Comme le goût ne donne qu'une légère idée de la beauté, écrit-il à Hartknoch (décembre 1769), que le luxe n'en est que l'apparence et est souvent destiné à en dissimuler l'absence, la France ne peut jamais rassasier complètement, et j'en suis cordialement fatigué ». Mais qu'on lise toutefois jusqu'au bout, Herder ajoute : « Je ne voudrais pas pour beaucoup ne l'avoir point vue, ni perdre la connaissance que j'ai acquise de sa langue, de son histoire, de ses mœurs, de ses arts et de sa littérature » ^

C'est sa manière ordinaire; il sait les qualités qu'on attribue à notre langue, les reconnaît, et puis il les tourne en vice, il montre le bon côté, et après cela il éclaire l'autre, où n'apparaît plus que difformité. Au fond, ces repentirs si fréquents s'expliquent par la nature même de l'homme. Si solide que soit cet esprit, il ne se

i. « J'ai décidé une fois pour toutes d'apprendre le français, et de ne plus dépendre des traducteurs ». Et dans une autre lettre : « J'étudie le français avec ardeur. C'est un travail ingrat que d'apprendre par cœur des mots ; mais que ne ferais-je pas pour Rousseau ? C'est pour moi un saint, un prophète, je l'adore presque » ÇNachlass, t. III, pp. 84, 87 ;juill.-aoùtl77i).

"2. Fragmente (1767). Ucb. die neuere deutsche Litter., S., t. 1, p. 216.

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