‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 65 sur 595 · CHAPITRE m UN PAYS DE TRANSITION · texte numérisé non relu

CHAPITRE m UN PAYS DE TRANSITION

Le Piémont. — Je ne m'attarderai pas à parler du Val d'Aoste. Dès le xii^ siècle, il subit l'influence exclusive de la Savoie et de la Suisse romande, avec lesquelles il est en relations continuelles". Les noms de famille comme Jolibois, Chappuis, Coquillard, Perrier, Jeantet, Lavoyer, Blanchet, Perrin, Nicollet, Montet, etc., y sont de beaucoup les plus répandus, tandis que les noms patronymiques avec désinence italienne y apparaissent tardivement, portés par des étrangers venus à une date récente se fixer dans le pays. La langue française y est adoptée comme langue officielle dans les mêmes conditions et à la même époque qu'en Savoie ^.

Mais ce n'était là qu'une fraction du pays. Dans le reste le français était répandu, il n'avait pas une situation prépondérante. L'italien n'en avait pas non plus. 11 eût été difficile de dire à quelle langue appartiendrait l'avenir. En effet, l'idiome courant était le piémontais, dialecte qui n'avait jamais su s'imposer par des œuvres littéraires de quelque importance. On pouvait présumer qu'à la longue l'ensemble des Etats du duc de Savoie subirait la contagion des parties où le français dominait. Pour accélérer ce résultat, il suffisait de circonstances heureuses. Or, presque au lendemain de la mort d'Henri IV, sa fille Christine, âgée de treize ans, épousait Victor Amédée, prince héritier de Savoie. Devenue veuve en 1637, « Madame Royale » exerça le pouvoir, d'abord comme régente jusqu'en 1648, puis officieusement jusqu'à sa mort en 1663. Si elle ne sacrifia jamais les intérêts politiques du Piémont à ceux de la France, si elle mit au contraire une habileté et une énergie consommées à

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