‹ Histoire de la langue française (volume 5)Chapitre 66 sur 595 · Comparez plus loin le livre concernant la Savoie · texte numérisé non relu

Comparez plus loin le livre concernant la Savoie

1. D'oii venaient les soldats du Royal-Italien ? Certains retournaient au pays, francisés... PoUnitz a rencontré un lieutenant, qui avait assez bien appris la langue (^Lett. et Mém., I, p. 134).

3. On lit chez Michel Chilliat, Méthode facile pour apprendre l'histoire de Savoye depuis son origine jusqu'à présent ('2® éd., Paris, 1707) p. 69 : « D. Quelles langues sont en usage dans les Etats du Duc do Savove ? — R. La Françoise, dans tout ce qui est deçà les monts, excepté dans le comté de Nice; et l'Italienne dans le Comté, et dans tous les autres Etats de delà les monts ». — Cette assertion est manifestement erronée pour la vallée d'Aoste, comme pour quelques vallées piémontaises, à cette date do langue française.

ménacrer la couronne ducale de son fils, elle garda en revanche un vrai culte pour son ancienne patrie, donnant sa préférence aux meubles, aux tapisseries, aux carrosses, au linge français, appelant à son chevet, en cas de maladie grave, des médecins de Lyon et de Paris, employant même ses représentants diplomatiques dans cette dernière ville pour se procurer « une demoiselle d'honneur qui non seulement fût belle, mais sût très bien chanter, et une femme de chambre capable de bien la coiffer, de bien connaître les modes, d'empeser les dentelles, de tailler les collets ». Avec son ambassadeur en France, avec son fils, avec son beau-frère le cardinal Maurice, elle correspond en général en français. Elle ne réussit pas à marier sa fille avec Louis XIV ; elle tint du moins à donner pour épouse à son fils, Charles-Emmanuel 11, une princesse française, Françoise, fille du duc Gaston d'Orléans (1663). Resté bientôt veuf, Charles-Emmanuel convolera en secondes noces avec une autre princesse française, Jeanne-Baptiste.

Cette inclination de Christine pour tout ce qui lui rappelait son pays d'origine ne pouvait manquer d'exercer une influence sur les courtisans et de servir la culture française. Aussi un Piémontais du xviii* siècle, grand adversaire de notre langue, le comte Galeani Napione, n'avait-il pas tout à fait tort de rendre Christine responsable de la grande fortune du français en Piémont. Elle y contribua certainement pour une bonne part. Seulement l'influence qu'elle exerça fut lente à produire des résultats et on n'en récolta guère les fruits avant 1660 '.

En 1664, un Bolonais, l'abbé Sébastien Localelli, qui se rendait en France, s'arrête à Turin. Le lo mai, il va faire visite à la Comtesse Eléonore Castagnesi Broglia. Là se trouvent plusieurs dames piémontaises. Elles lui adressent d'abord la parole en français, à lui et à ses compagnons. Elles n'usent de l'italien qu'après avoir constaté que ses visiteurs n'entendent pas notre langue ^.

Les dames de la noblesse piémontaise garderont, au cours du xviii' siècle, cette tradition de parler français. Leurs maris et leurs fils suivaient cet entraînement. Le Président De Brosses en avait été frappé à son passage, en 1739. Le français et l'italien, dit-il, sont presque également en usage ici. Ni l'un ni l'autre ne sont cependant la langue propre et vulgaire du pays ; c'est le piémontais, espèce de dialecte de l'italien tout-à-fait abâtardi, auquel je n'entendois goutte^.

i. A. Ba/zini, La reggenza di Maria Cristina. duchessa di Savoia. Torino, 1865, passim;G. Glaretla, Sloria del regno e dci tempi di Carlo Emanuele H. Gcnova. 1877.

2. I^ocatclli, Voyage de France (\lH]i-i(îV)")). Paris, 1905.

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