H. Liebrecht, lihl. du tli.Jr. à Bruxelles, pp. 38 et
Milan. — Milan était, vers le milieu du xviii* siècle, le centre principal du mouvement intellectuel en Italie, et le « francesismo » y trouvait un terrain de choix. On nous a parlé du rôle de la Comtesse Simonetti, protectrice de tout ce qui venait de Paris, qui en suivait la mode dans tous ses raffinements, en avait la politesse, et en parlait la langue avec perfection. Autour d'elle gravitaient la Société du Café et le groupe des Trasformati\ Parler français resta dans la haute société une élégance, dont nos émigrés sentirent encore la valeur^,
Parme. — Le Traité d'Aix-la-Chapelle (1748) plaça à la tête du petit duché de Plaisance, Parme et Guastalla, Philippe, le second des enfants nés de Philippe V, roi d'Espagne, et d'Elisabeth Farnèse. Arrière-petit-fils de Louis XIV, il avait, pour ainsi dire, rafraîchi ses origines françaises en devenant le gendre de Louis XV. Lui mort (176o), sa femme Louise-Elisabeth exerça la régence jusqu'au jour où elle remit le pouvoir à son fils Ferdinand'.
Sous le gouvernement de ces princes, Parme, durant une quarantaine d'années (1748-1789), fut, chaque jour, en relations politiques, économiques et intellectuelles avec la France. Le Ministre qui longtemps dirigea le pays était un grand homme d'Etat, le Français Guillaume Du Tillot. Parmi les dignitaires et les courtisans qui vivaient dans la familiarité des princes, les Français étaient nombreux : aumôniers, confesseurs, précepteurs, maître de la garderobe, médecin, secrétaire, maître d'hôtel, contrôleur de la bouche du roi, chef de la bouche de la reine, etc. Ils abondaient aussi dans les cadres subalternes de la Cour : musiciens de la chapelle, barbier
i. Voir Grâce Gill-Mark, A.-M. Du Boccaqe, p. 89.
2. Je me présente à la loge Zitla (à Milan). La Comtesse Marx m'y reçoit avec loute la grâce possible. Elevée à Paris, au couvent de Panthemont, elle a tout l'usage et la coquetterie de nos toutes plus aimables Françaises... L'étranger est toujours placé sur le devant de la loge et on a l'attention de parler français tout le temps de la visite (Journal d'piniçi ration du G'« d'Espinchal, p. 48).
3, Voir H. Bédarida, Panne et la France de 1748 à 1789.
ordinaire et valets de chambre barbiers, etc. Si les diverses unités militaires de Parme empruntèrent un contingent notable aux armées du roi d'Espagne, les Français de tout grade n'y manquaient pas non plus. D'autre part, nos compatriotes exerçaient à Parme les métiers les plus variés, depuis la vente des livres, jusqu'à l'exploitation d'établissements de bains. Beaucoup aussi, appelés par Du Tillot ou venus d'eux-mêmes, dirigeaient des entreprises industrielles : tanneries, peausseries, fabriques d'huile de faines, teintureries d'étoffes de soie ou de cotonnades, etc.
Volontiers ces Français établis dans le duché de Parme envoyaient leurs fils à Paris pour y compléter leurs études ou leur apprentissage. Les Parmesans suivirent cet exemple. Ces jeunes gens — Français ou Italiens — avaient à Paris un protecteur qui leur ouvrait largement sa maison. C'est Claude Bonnet, banquier de l'Etat de Parme à Paris. Il leur servait, pour ainsi dire, de correspondant.
L'impression de Casanova, quand il arriva à Parme, au moment où le gouvernement venait de changer', fut une extrême surprise : « Dès que je fus dans les rues, il me sembla que je n'étais plus en Italie, car tout avait l'air ultramontain. Je n'entendais dans la bouche des passants que du français ou de l'espagnol, et ceux qui ne parlaient point ces langues avaient l'air de se parler à l'oreille » ^. On habille Henriette, le cordonnier parlait français^. Il parut nécessaire de se procurer une seconde couturière qui parlât français, on la trouve sur l'heure, la première offre, pour servir, son fils, qui « s'explique passablement en français » *. La marchande de modes sait le français % c'était une Lyonnaise'^; l'hôtel où ils sont descendus est tenu par un M. d'Adremont.
J'entrai chez un libraire français, dit encore Casanova, et j'y fis la connaissance d'un bossu spirituel. Ce bossu était le directeur de la Monnaie, qui n'existait pas. Il s'appelait Dubois-Chateleroux\
Pour attester l'influence intellectuelle exercée dans le duché par la France, des faits nombreux peuvent être cités :
1. Don Philippe et M™* de France vont régner. Celle-ci n'est pas encore arrivée.
1. Mém., II, p. 112, chap. vi. Mon lecteur m'excusera si je cite assez souvent le livre du célèbre aventurier, qu'on ne lit pas en général pour y trouver des renseignements d'ordre scientifique. Mais bien peu, parmi les hommes qui ont couru l'Europe comme lui et fréquenté tous les milieux, ont pris soin de noter en quelle langue s'exprimaient les personnages de cette vaste Comédie humaine.