Langue de la Pléiade, p. 17 de l'Introduction
3. Le Quinlil (éd. P. 200) dit : » rvniuerselle armature francoyse, qui est dite en Grec Panoplia »». Cf. Tyard, 115, Marty-Laveau.\ :
Tes beaux yeux, et ta douce parole Du fol venin sont le doricnion I
i. Lyon, (îuill. Rouille, 1549.
françaises et anciennes; Champier * en use déjà ainsi, et, pour ne pas citer d autre exemple, le propre maître de Paré, Canappe, dont il a fort bien pu s'inspirer -. Paré n'innove donc rien. Et dès cette époque, dans la grave querelle que fit naître entre pharmaciens et médecins le pamphlet de Sébastien CoUin sur les abus et tromperies des apothicaires, Tun des adversaires reproche plusieurs fois à l'autre de « bigarrer sa parole d'entretaillures latines » et de « commettre de coup a quille toutes sortes de barbarie et de ridicules compositions de latin et de François, comme en disant : après levi ebullitione de oleum absynthii ». On voit que cette méthode de farcissure était déjà ridiculisée aux environs de 1550 3,
11 importe toutefois de retenir le fait : il explique que sphincter^ thorax^ cubitus, index ^ radius, humérus, tétanos, duodénum, ilion, miserere, sternum, rectum^ sacrum, scrotum, gluten, etc., nous soient parvenus sous une forme non francisée.
Les mots savants dans la langue littéraire. — i» LE LATIN. -^ Les déclarations et les doctrines perdent ici à peu près toute importance, car il y a une contradiction perpétuelle entre la pratique des auteurs et leurs théories. En fait, tout le monde ou presque tout le monde latinise. En principe, chacun s'élève contre les latiniseurs. 11 faut bien chercher pour rencontrer un auteur qui professe que les mots empruntés à la source latine sont utiles ou ont bonne f(râce. Peletier du Mans est presque seul à avoir eu ce courage et cette imprudence ^.
1. Chez Champier les mots latins dominent encore. On lit allium (32), ambra (45), apïom (32), bdeUium (29), cantharides (10), diclamnon (31 ), e/eJbora* (47), folium{i\), hedera (51), laciuca ^42), malabatrnm (41), mandragora (51), petroselinum (27, 32), ^pica nardi ^12), xylobahamiim (2S , zuccarum (46). Cependant on trouve baulme
27,28,29), cynabre (35), gomme (28). mithridal (25, 3H). therebenline (28), trochiques 32), vesces (43). etc. Quelques-uns se lisent en deux langues : rheubarbarum, rheabarbe {29, 30): iusquiamus^ iasquiame; moschus, musc (42). (Myrouel).
2. Canappe cite, sous leur forme antique, souvent en les expliquant : catalepsis cest a dire rétention) (Muscles, 50 r*»), condylus [Ibid., 30), cubitus (Ibid., 14 r"), 'ii^rthroiis (Os, b y)^ enarthrosis {Ibid., 6), epiphysis (Ibid., bb r"), parencephalis
Muscles, 8 . phrenes {Ibid., 56 v«). radius {Ibid., 21 v), sphincter [Ibid., 14 r°), ^yniphisis i()s, i], synarthrosis {Ibid.^ 5 v"), synneurosis, syssarcosis (/!)«/., 7 v"), ulna Mascles, io r";, etc.
3. Voiries Articulations de P. Brailler, sur V Apologie de J. Surrelh, médecin a ï^aint-Galmier, Lyon, 1558, p. 23.
»• *• Tn mot bien déduit du Latin aura bonnti gracf , an lui donnant la teinture «Tançoçs^. E ici ie n'os0 nommémant dir0 cet^ maniera d0 deriuacion, ni cet^la : ^''ejçnant d0 trop decouurir l'Art. l0 dire bien qut les Infinitiz an ire Latin, s^ peuu0t ™eintefo«js impun^mant conuçrtir an ir François : Comm»i d0 vagire, vagir : ambire, i^mbir: e les samblabl^s, qu^ l'homme d'esprit saura bien iu^er. le nt f^rè difficulté ^ vser d0 Regnicoi^s, aprçs Claude de Scissçl an sa Préface au Roç Louis, sus sa 'raduccion des guçrr0s Hommeines d'Apian : ni ancor^s d0 repuls0, dont il a vsè an 2,^®^ue androçt du Liur«* mçme : combien qu0 nous puissions dirt* la repoussa, plus rançoçsi'niant » ( Art poétique, p. 37). Cf. p. 31 ce qu'il dit du cas spécial du traducteur.
Dès le commencement du siècle, — et les protestations remontent plus haut encore, — les vieux arts de rhétorique prononcent de sévères condamnations contre les excès des écorcheurs. Fabri répète contre eux la sentence. Geoffroy Tory, Rabelais, Des Periers les ont raillés >. Dolet les a qualifiés de « sottelets glorieux * »». Marot et Sagon se sont mutuellement reproché dans leur longue querelle de s*en prendre à la peau du latin -K CoUerye faisait des parodies de leur langage '*. Meigret a refusé de les suivre et d'asservir la grammaire française à la latine •^. Ronsard a affirmé qu'il fallait rompre avec les devanciers, qui avaient sottement tiré des Romains une infinité de vocables étrangers, quand il y en a d'aussi bons dans teur langage ♦*. Pasquier a fait de cette habitude et de la paresse d'esprit qu'elle suppose une critique très pénétrante ". Henri
1. H Quant escumeurs de latin disent : •• Despumon la verbocination latialc et Iransfreton la Sequane au dilucule et crépuscule, puis deambulon par les quadriuies et platées de Lutece, et comme verisimiles amorabundes captiuon la beniuolrnce de lomnigene et omnifornie sexe féminin », me semble qu'ilzne se moucquent seulement de leurs semblables, mais de leur mesme personne » {Champfleiiry, Cf. Pantagruel, II, 6). Si Rabelais n'a pas pris à Tory cette phrase, qu'il reproduit presque sans y rien changer, dans l'histoire de l'écolier limousin, c'est qu'elle était déjà connue comme parodie du langage à la mode, et que tous deux l'ont empruntée aux historiettes orales courantes. Cf. Des Periers, .Vont'., XIV : De l'aduocal qui parloit latin a sa chambrière.