Œuvres, Blanchemain, vu
7. Voir Pasquier, Œuvres, II, lel. xii, p. 18 B. « Et n'y a rien qui nous perde tant en cela, sinon que la plus part de nous, nourris dés nostre ieunesse au Grec et Latin, ayans quelque asseurance de nostre suffisance, si nous ne trouuons mot apoincl, faisons dvne parole bonne, Latine, vne tres-mauuaise en François : Ne nous aduisans pas que ceste pauurcté ne prouieni de la disette de nostre langage, ains de nous mesmes et de nostre paresse. » Dans la même lettre, Pasquier oppose à cet abu5 Tusage, tel qu'il devrait être, modéré et judicieux.
Estienne s'en est plaint à son tour, efifrayé de voir les femmes ellesmêmes se mêler d'égratigner ce pauvre latin, « faulte de luy scauoir pis faire ^ ». Bref, il n'est pas de thème plus rebattu.
Mais les phrases les plus indignées n'ont gardé personne ou presque personne de la faute qu'elles condamnaient. Rabelais le montre bien. N'a-t-il pas des pages entières que Pantagruel eût été fort embarrassé de comprendre s'il n'avait eu que son français?
Lemaire de Belges, qui est leur maître, est un latiniseur sans vergogne :
Dame Venus employé son possible
A tout conioindre en amour melliflue
Leur propinant vertu concupiscible (III, 116).
La Pléiade aussi, et Ronsard lui-même, furent loin d'échapper à cette contradiction. Sous prétexte de réagir contre le jugement de Boileau, assurément excessif, on est allé trop loin depuis Egger. Malgré les fortes paroles par lesquelles Ronsard a condamné collauder et contemner^ le premier de ces verbes a été employé dans son école, et, on peut le dire, sur ses incitations. C'est sur le tard en effet, M. Marty-La veaux l'a très bien vu, que la sagesse lui était venue. Il y a du latin, et en quantité notable, dans ses premières œuvres. On le constatera plus loin aux exemples : ancelle, argutie, exceller, libertin^ tabide, varie et nombre d'autres latinismes ont été probablement inventés par lui ; une foule d'autres, encore peu répandus, ont été acceptés dans ses œuvres et vulgarisés ainsi 2. Au reste le Quintil Censeur a déjà démêlé les vraies tendances de l'école, et pris Du Bellay en faute ; il lui a signalé, avec raison dans nombre de cas, qu'il écorchait le latin sans aucune pitié ^. Si du reste on eût, dès ce moment, dans le groupe des