‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 105 sur 248 · Conformité^ éd. Feiigère, p · texte numérisé non relu

Conformité^ éd. Feiigère, p

2. Voir (l'Aubigné, Avertissement des Tragiques : « Mes enfans (disait Ronsard) delTendez vostrc mère de ceux qui veulent faire seruante vne Damoyselle de bonne maison. Il y a des vocables qui sont francois naturels, qui sentent le vieux, mais le libre francois, comme dougé, tenue, empour, dorne^ bauger^ bouger^ et autres de telle sorte. le vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux termes, que vous les employiez et delTendiez hardiment contre des maraux qui ne tiennent pas elepant ce qui n'est point escorché du latin et de Titalien, et qui aiment mieux dire collauder, contemner, blasonner, que louer, mespriser, blasmer : tout cela c'est pour l'escholier de Limosin. »» Il est à remarquer que ces trois mots ■ écorchés » sont dans Marot. Ronsard n'avait pas cependant, j'imagine, la prétention d'être plus pur Français que lui; c'est une simple coïncidence.

3. Edit. Ch., p. 256. J'ai dit ailleurs que Darmesteter s'est trompé {Le A'V/» xiècle en France, p. 122) en interprétant comme une condamnation des latiniseurs la phrase célèbre : « C'est vn crime de leze-maiesté d'abandonner le lan§rage de son pays vioant et fleurissant pour vouloir déterrer ie ne scay quelle cendre des anciens » (Rons., III, 35, Bl.). Il s'afçit ici de ceux qui écrivent en latin, comme le prouve

Htiloire de la, Ungae françaine, II. 15

nouveaux poètes, conçu le projet de réagir nettement contre les latiniseurs, comment, dans le manifeste où Ton exhortait en des pages brûlantes au pillage des anciens, ne se trouve-t-il pas une phrase pour avertir qu'il ne s'agissait que des genres, des légendes, des images, des idées, non du langage? Il n y a que ce conseil : « Vse de motz purement françoys. » On est en droit de le trouver bien vague et bien sec dans un chapitre consacré tout entier à vanter le néologisme. Au reste, si quelqu'un était tenté d'en forcer l'interprétation, il serait arrêté net par cet axiome posé ailleurs : « Ce n'est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue étrangère les sentences et les motz, et les approprier a la sienne » (I, éd. P., p. 72 •).

11 me paraît donc, comme à M. Marty-Laveaux, incontestable que, dans le premier enthousiasme tout au moins, Ronsard et les siens, tout en répudiant dès ce moment, je le veux bien, les excès ridicules de quelques grands rhétoriqueurs, se sont gardés d'enchaîner leur liberté, et de se priver d'une ressource aussi importante que le latinisme. Leur reprocher d'avoir donné l'exemple était évidemment injuste ; il ne paraît pas exact de se refuser à reconnaître qu'ils l'ont suivi *.

le contexte. En vérité, il est curieux de voir, dans la De/fence même, Du Bellay, quand il attaque, rester tout français, mais, aussitôt qu^îl prêche Timitation, s enfoncer dans le latinisme. Étudier par exemple à ce point de vue le ch. 4 du livre II.

1. « Vray est que le nom ode a esté inco§cneu, dit le Quintil, comme peregrin et Grec escorché, et nouuellement inuenté entre ceux qui en changeant les noms cuydent deguyser les choses » (II, 4, p. 203, P.). Comparez : « P&trie... est obliquement entré, et venu en France nouuellement auec les autre» corruptions Italiques : duquel moi n'ont voulu vser les anciens, craignans Tcscorcherie du Latin, et se contentant de leur propre, et bon » (192, ibid.). Il ajoute encore : « Ce commandement (vse de motz purement Françoys) est tresbon, mais tresmal obserué par toy, Précepteur, qui dit : Vigiles pour veilles; dirige pour adresse... pardonner pour esp&rgner ; adopter pour receuoir; liquide pour clair; hiulque pour mal ioinct; religion pour obseraance ; thermes pour estaues; fertile en larmes pour abondant; récuse pour refuse:... rasséréner pour rendre serain; buccinateur pour publieur; ... intellect pour entendement ; aliène pour estrange; molesUe pour ennny ; obliuieux pour oblieux ; sinueux pour courbe, et contourné, et infiniz semblables que trop longs crois a les nombrer • (P. 209, ib.).

Bien entendu, si Du Bellay eût riposté à Aneau, il eût pu le reprendre à son tour dans les mômes termes. Sa critique est bourrée de mots savants d'école, comme une seule page, prise au hasard, peut te faire voir : n Entendu aussi, que ton œuure est de genre doctrinal, et principalement iustice pour enseigner. Si est ce que ie n'y voy aucune méthode didascalicque, ne les lieux d'icelle gardez, comme vn certain thème, simple ou composé, Définition, Diuision ou Partition, Causes, ElTeclx, AfUns. Contraires, ains me semble vne commentation de diuerses pièces assemblées sans ordre, et point ne se suyuantes... Et après auoir proposé de la langue, ratiociner des mœurs et coutumes, ou gestes, et de sermocinal deuenir moral, et historial. Ou il falloit raisonner selon le liltre prefix sur la déclaration étymologique de Strabon, >* etc. (p. 192-3). Le Quintil ne s'est pas souvenu du vers qu'il cite à son adversaire : Turpe est doctori, cum cul|>a redarguit ipsum.

I^ vérité est que d'un bout à Tautre du siècle, pendant tout le temps que dura, relativement au néologisme, Tétat d'esprit que jai décrit plus haut, le latin fut le grand réservoir où chacun vint puiser. Avec ses mots voisins des nôtres, su et possédé comme il Tétait dès Tenfance par ceux qui écrivaient, il ^ne pouvait faillir à s'insinuer dans leurs écrits, sitôt que le mot indigène manquait ou se faisait un peu attendre.

2* LE GREC. — Bien souvent, dans les discussions des hommes du temps, grec et latin sont associés, comme on Ta pu voir. Toutefois il s'en faut de beaucoup que les grécaniseurs soient l'objet des mêmes invectives que les latiniseurs, et la raison en est toute simple : le danger, sur ce point, était beaucoup moins menaçant. Darmesteter l'a dit avec beaucoup de justesse : « C'est par la science plus que par la littérature que la terminologie grecque s'introduisit chez nous au xvi* siècle. »

Parmi les littérateurs proprement dits, ceux même qui ont possédé le grec — et les plaintes des hellénistes font assez voir qu'ils n'étaient pas très nombreux — se sont montrés assez réservés. Quel que pût être en efifet l'ascendant des œuvres et de la langue, les esprits n'en étaient pas en général obsédés comme du latin. En outre, il faut bien en tenir compte, malgré les sophismes d'Estienne, la conformité entre les deux idiomes était beaucoup moins grande : cela augmentait d'autant la difficulté quand il s'agissait d'adopter un mot dont la forme se prêtait mal, et dont le sens était impossible à deviner. Seule la tendresse de Délie pouvait comprendre que son amant était victime de réactions trop vives, en l'entendant se plaindre de

Souffrir heureux doulce antiperistase * .

Le péril grec n'a donc jamais été très considérable. Il faut avouer pourtant que l'influence de Ronsard ne fut pas sans l'accroître. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit plus haut de la distinction qu'il faut faire nécessairement entre les doctrines rassises qu'il préconisait en 1575 et les aspirations du début. Ce n'est pas sans doute avec l'espérance de naturaliser à la fois ocymore^ dispotme^ oligochronien^ qu'il lançait la plainte célèbre ^ :

Ah ! que ie suis marry que la Muse Françoise Ne peut dire ces mots comme fait la Grégeoise

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