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CHAPITRE V RÉDUCTION DES HIATUS

Beaucoup d'hiatus, nousTavons vu, avaient été réduits antérieument au xvi® siècle. La plupart de ceux où s'étaient rencontrées deux voyelles semblables n^existaient plus. Les graphies aa, oo ne doivent pas tromper, ce n'est là qu'un procédé pour marquer la longueur ^ et qui ne mérite pas qu'on s'y arrête.

Les autres hiatus continuent à se réduire.

Acy aOj aou [au) achèvent l'évolution commencée au xiv*-xv® s. (voir t. I, p. 409) et passent respectivement à c, o, ou {u) : pellcj orner^ saoul.

Seul, dans cette série, le groupe aï mérite quelques mots. U est encore souvent dissyllabique dans haïne et ses dérivés. Déjà Gringoire (I, 129) compte hayneur pour deux syllabes. Mais bien plus tard Lanoue distinguera encore à la rime haine et gaine ^ non seulement de mondaine^ où, dit-il, ai est bref, mais de chaine et enchaine. Il faut arriver jusqu'à Maupas pour que aï soit définitivement réduit à ai{ç) 2.

Encore dans aide la « diphtongue », au dire des grammairiens, resta-t-elle longtemps sensible. Entendez que l'on prononce a-i-de ou^-i-de. Cet usage se maintint a Paris jusqu'à la fin du xvi® siècle ^.

La diérèse dure aussi dans traistre, souvent écrit trahistre [Amad., 1. I, f® xvm r®) ; Lanoue le met aux rimes en istre^ l'usage change cependant tout à la fin du siècle.

Eï > î, eo > o, eoi > ai ; malgré l'orthographe, tout cela est déjà à peu près im fait accompli (voir t. 1, p. 410). Eu seul mérite l'attention.

1. Ainsi Marot, I, 72... Fut destourné par prince de mesme aage (Le vers est décasyllabe).

2. Cf. Thur., o. c, I, 499. On remarquera que, pendant ce même temps, les formes du verbe sous rinfluence de la conjugaison inchoative tendent à devenir : tu hats^ il haït (voir plus loin, aux formes verbales). Ce mouvement en sens inverse n'empêche pas la réduction dont nous parlons.

3. Des oraisons m'ayde. De [la] saincte Brigide (Marg. de Nav., Dern. po.j 68); cnide : aide {ib., 109) ; ayde : guide, bride, timide (Corroz., Hecat., éd. Oulm., p. 5) ; subside: ayde (R. de Coll., OEuv., 134).

Dans pays la diérèse reste de règle (pa-i-s ou pt^-i-s). Les exemples contraires sont des provincialismes : Croissant au pays de Babilloine (octos., Lespl., Prompt., 35, ch. 39; cf. p. 35, ch. 40).

C'est ici l'un des points où, suivant moi, le témoignage direct des théoriciens doit prévaloir sur l'observation des rimes. Car les poètes, s 'autorisant de prononciations locales, accouplent des mots qui, k Paris, n'étaient pas unisones ; d'autres, se fondant sur leur autorité, les imitent; en sorte qu'il faut se garder de prendre pour des témoins de l'usage de véritables abus ^ .

Il y a sous l'écriture eu deux sons différents : 1® eu {ce) < ç latin {fleur > flçre), ou bien <; uc < uo<ioo <Cg latin {meut <; m^et) ; 2° eu <C eii <C e -\- cons. caduque + u {meur > metir > medur > madurç; seur > seùr > seguro).

Je dirai en bref que, dans la catégorie ^^, le xvi'' siècle n'a rien changé : eu est resté eu (œ), sauf dans quelques mots où, par analogie, il s'est réduit définitivement à « («) : mûre, au fur (et à mesure). Ailleurs le trouble n'a été que passager.

Dans la catégorie 2*, au contraire, le xvi® siècle achève une réduction importante.

J'ai montré au t. I, p. 410, la réduction de eu à un son unique, qui était sans doute diphtongue. Au lieu de s'arrêter à eu, 05, dans le voisinage duquel il a dû passer, ce son est allé à u (peut-être par eu "). Dès le xvi® siècle, il n'y a aucun doute : sauf en quelques mots, il sonne u.

Pour le premier fait, les témoignages sont nombreux. Sur la rime cueurs : obscurs, une épître de Fontaine contre Sagon observe : « Ce sont beaulx mots, mais en rithme ilz sont durs » (Mar., I, 252). Baïf figure eu par un seul caractère, et Bèze explique fort bien qu'on n'y entend ni un e ni un ii, mais un son mixte, inconnu aux Grecs et aux Latins. Il est facile d'y reconnaître Veu que Martin comparera plus tard à Vô allemand de schôn^ hôren ^.

Voici quelques preuves pour le second fait, qui est nouveau.

Dans les participes en eu et les prétérits en eus, Palsgrave enseigne déjà qu'on ne prononce que i/, écrit abusivement par eu {EscL, 15*). De fait, Louise Labé par exemple écrit u : çu'auons à (6), dust {ib,). C'est assez rare.

Sur les mots en eure > ure, l'accord est aussi assez complet. Lanoue dit sans restriction : « Geste terminaizon s'escrit impropre-

1. Voir Thur., o. c, I, 462. Un débat entre Talbert {Du dialecte bUisoU^ p. 95-109) et A. Danmesteter {Rev.crit., 16 janv. 1875, 37-40; Rom., V, 394) a grandement contribué à éclaircir la question. On trouvera dans Talbert beaucoup d'exemples dont, avec critique, on pourra se servir.

2. Sylvius semble encore entendre une diphtongue eii (Thur., o. c, I, 442).

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