‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 123 sur 248 · RÉDUCTION DES HIATUS · texte numérisé non relu

RÉDUCTION DES HIATUS

de eu très fermé. L'existence de doubles formes dans les verbes, reste de Tapophonie ancienne, n'est pas non plus étrangère à cette confusion. Quoiqu'il en soit, à la fin du siècle, c'est tout à fait une « ancienneté ».

lE. — le tend à la diérèse dans les mots où il était originairement diphtongue, issu du développement d'une voyelle latine, dans lierre, fiel y miel, hier (Thur., o. c, I, 490-491). On trouve même dans Jodelle un exemple où ier devient dissyllabique.

Dans le cas contraire, quand i provenait d'autre source, il faisait encore une syllabe distincte au commencement du xvi® siècle, mais dans le cours de ce siècle, le i devint y, faisant une seule syllabe avec la voyelle qui suivait *.

D'après Peletier {Artpo,, 86, et ApoL, 11) « cretien dissilabe pour cretïen trissilabe » est tout commun ; cette licence peut à son avis s'étendre, et Ton peut faire contraction de ïeu en ieu, ïer en ier, ton en ion. Durant le xvi*, les poètes usent du droit de compter ce groupe de voyelles, soit pour deux, soit pour une seule syllabe, et les Arts poétiques varient suivant qu'ils « regardent » à l'autorité de Marot et de ses contemporains, ou qu'ils favorisent la prononciation licencieuse nouvelle. Encore faut-il dire que chrestien dissyllabe est déjà dans Marot, III, 13.

On trouvera les témoignages dans Thurot, I, 538-539; je ne retiendrai ici que celui de Lanoue. Il range parmi les mots en ien monosyllabe non seulement cArc5//en et ancien, mais encore mathématicien, magicien et les divers noms de professions. Il n'attribue à ien dissyllabe que lien, grammairien, historien, terrien , et il ajoute : « Qui ne veut ou ne peut estre si exact, quand il y rimera (à ien monosyllabe) ne fera pas erreur de grande importance. » On est revenu depuis de cette simplicité, c'est là une influence des poètes ; la phonétique n'est à peu près pour rien dans les hésitations ultérieures.

M est diphtongue monosyllabique dans diable, dia, opiniâtre', de même iant: cependant estudiant, inconueniant, i?ia/ide peuvent toujours être prononcés avec ian en deux syllabes.

lEU n'est encore que très peu avancé dans la voie de la réduction.

/OiV n'est à peu près jamais monosyllabique. Dans/>io/i/i/er, champion, il ne sera considéré ainsi qu'à partir de Duval (1604). Dans les substantifs, tout le monde, de Meigret à Maupas, compte ion pour deux syllabes (Thur., o. c, 539-540). En ce qui concerne les finales, il n'y a que les verbes qui aient ions monosyllabe.

1. Sur Tusage des poètes, voir Tobler, Le vers français^ 78-104.

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