‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 129 sur 248 · ARTICLE INDÉFINI · texte numérisé non relu

ARTICLE INDÉFINI

PLURIEL DE UN. — Le pluriel de un était encore commun au XV* siècle, soit auprès des noms pluriels qui ont \m sens collectif, soit auprès de ceux qui ne s'emploient pas au singulier : Vnes ioues rondes (Goquil., I, 98); vne sept seaumes (C. Nouv.^ I, 105) ; vnes vieilles bouges {XV joyes^ 43) ; vnes botes (lA., 42).

On le retrouve au xvi* : vngz yeux (Lem. de B., ///., 1. I, ch. 33, gl r^y ; vnes riches chausses (//>., 43, h 7 r®) ; Cestoit vnes secondes nopces (Nie. de Tr., Par., 96); vns cheueulx crespelus (Mar., III, 144); vnes bardes couuertes de drap d'or {J, B. P., 72); le vendredy furent f aides vnes belles processions [ib., 96); vnes descrofoires (Cord., Corr. serm. em., 130 c); vnes choses et aultres (DesPer., Œuv.^ll, 145).

Palsgrave (p. 182 et suiv.) donne une longue liste des substantifs qui s'accommodent de ces uns pluriels : vnes armes, vnes belances, vnes besaces, etc. Il y en a d'intéressants, tels que vnes chausses, vnes decrottoyres, vngz degrez, vnes endentures, vnes entraues, vnes escriptoyres, vnes estoupes, vnes fiansayles, vnes forceps, vnes heures, vnes lettres, vnes lunettes, vnes nopces, vnes obsèques, vnes orgues, vnes pastenostres, vngz suffletz, vnes tables, vnes taylles (bâtons à entailles pour les comptes de boulangerie), vnes verges.

Gauchie fait aussi la théorie de ce tour (80) : « mdter vns degrez pro, vne montée, gradus seu scalas conscendere : degrez enim multitudinem includit et intégras scalas significat, degré autem unicum gradum ». Mais dans l'édition de 1576, cette théorie a disparu; dans l'intervalle H. Estienne l'avait censurée [Hyp., 208).

Désormais, malgré quelques exemples, le tour agonise.

La langue perdit ainsi un des moyens qu'elle avait d'exprimer im tout, fait de la combinaison de plusieurs parties. Il lui resta, il est vrai, et pour longtemps, l'expression équivalente une paire de : vne paire de sept psaumes, c'est-à-dire l'ensemble des sept psaumes de la pénitence, comme on dirait en langage populaire une tournée, et ce tour, dans des expressions comme une paire d'habits, une paire de ciseaux, a vécu jusqu'à nos jours.

On remarquera au singulier l'emploi suivant de un : dedans vng quinze iours d'icy (Nie. de Tr., Par.^ 77); pendant le seiour d'vn quatre ou cinq mois (Tabour. , fiigr., 56 Y*). Une pièce de est à cette expression ce que une paire de est à un.

Ajouter que uns se met au pluriel pour annoncer une série de noms propres au singulier : Uns Pontus de Tiart, Estienne lodelle, Remy Belleau,,.. moy mesme (Pasq., Rech.^ 1. VII, ch. vi, t. I, p. 702, CD). A cet un s'oppose dans Nicolas de Troyes autre: véez en cy venir autre div ou douze (80) ; demeure autre trois iours sans me veoir (230).

ARTICLE PARTITIF

On peut considérer que c'est au xvi* siècle que la formule partitive devient un véritable article. Henri Estienne et Ramus en constatent l'existence : toutefois, l'un et l'autre admettent encore aussi bien manger pain que manger du pain^^ tandis qu'en 1607, Maupas fera une théorie complète de l'article partitif.

La forme de l'article partitif pluriel est variable suivant qu'il est suivi immédiatement du nom, ou qu'un adjectif s'intercale entre eux, ou qu'un article est construit avec un adjectif substantivé. On trouve assurément très souvent des où nous mettons de : le curé y vient assez souuent et des autres prestres (Nie. de Tr. , Par, , 212) ; Nous lisons aussi des merueilleux iugemens de Dieu contre ceux qui furent les chefs de la persécution (H. Est., ApoL, II, 108, Ristelh.) ; Dieu,., ne se contcntast point de ses chastiemens ordinaires^ ains aioustast des extraordinaires {Id., ij6.,II, 104); estre assez souuent mis en vsage par de simples femmelettes (Pasq., Rech.^ 1. VIII, ch. H, t. I, p. 787 C); Voicy des maigres responses (Lar., Espr,^ a. i, se. v, A. th. fr., V, 2{&)\ des grands Seigneurs {à' \\ih., OEuv., II, p. 270, R. et de Causs.); des nations incogneuës^ poussées par des secrets mouuemens et occultes inspirations (du Vair, 377, 19).

1. On remarquera que dans la phrase citée par Ramus, il y a une négation, de même dans celle de Estienne ; or, en pareil cas, le nom, étant pris dans toute sa gênéralité, se passe très facilement d'article, comme nous le verrons à la syntaxe, le cas n'est pas le même pour : ^u mangeras pain ou pour iamais ne mangeras pain.

Je me suis demandé si c'était l'emploi du partitif qui éveillait les scrupules de Meigret (121 r**), quand il dit de la construction : ley mis du brochet, delacarpe dedans cet étang : « çete façon ... de parler n'çt pas d^ plus ççrteines, ... ç'çt vn lan^aje rustiqe... Nou' diryon' mieus, brochas ç carpes^ ou bien ... brochet q carpe.. • Je pense que ce qu'il n'approuve pas complètement, c*est 1 emploi du partitif avec le nom singulier d'un individu désignant l'espèce. Cet emploi, si général aujourd'hui ; la carpe est chère^ la carotte vaut tant, est nouveau au xvi» siècle.

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