‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 128 sur 248 · ARTICLE DÉFINI · texte numérisé non relu

ARTICLE DÉFINI

Des vieilles formes contractes de l'article, plusieurs deviennent archaïques au courant ,du xvi* siècle. C'est d'abord ou, vieille forme contracte de en le. Elle disparait. Ou (souvent écrit on) se trouve encore chez Lemaire de Belges: ou signe de Gemini {IlL, 1. I, 35, ^4r®); Palsgrave l'emploie en plusieurs endroits (57, 63, 185); et on le trouve chez quelques écrivains tels que Rabelais (liv. IV, ch. 17, t. II, p. 333; liv. I, ch. 16, t. I, p. 63, etc.).

Mais c'est ime forme rare et, en dehors de quelques expressions (entrer on couvent), un archaïsme.

Le pluriel es vécut beaucoup plus longtemps. Rabelais en fait constamment usage, de même Marot(I, 10, 17, 60, 94,98, 106, 145; II, 108, 114; 111, 11, 136, 168, 191). Cf. Meigret, 0/f. deCic, 3; S»-Gel., 111, 173; Paliss., 18, 19, 20, 36; Lar., Esp., a. ii, se. m, A. th. fr., V, 228; H. Est., Apol., I, 15; Amyot en use encore couramment et aussi Montaigne (liv. III, ch. 13, t. VII, p. 13; liv. III, ch. 5, t. VI, p. 11; liv. 1, ch. 1, t. I, p. 6; liv. 1, ch. 7, t. 1, p. 35; liv. I, ch. 11, t. I, p. 51 ; liv. I, ch. 25, t. II, p. 1).

On le retrouve chez les derniers écrivains du siècle. Si le Montaigne de 1S95 le supprime parfois, il le garde le plus souvent (voir par exemple liv. I, ch. 1, t. I, p. 6). Il est chez Palma Cayet iChron. sept., 68, 2); chez L'Estoile (p. ex. Journ. de Henr. III, 35 a) ; chez Du Vair (p. ex. 346, 4, 19, 372, 10, 395, 21) ; dans les Lettres missives de Henri /V(p. ex. 111, 237, 365, 392, etc.)<.

Nous aurons à en reparler au xvii® siècle.

I. Les composés auquel et esquela suivent nécessairement la destinée des simples (onqael^ Rab., I, 30 ; esquels, Meigr., Off. de Cic, 13, 39 ; Pasq., Rech., liv. VII, ch. 10, t. I, p. 725 a; liv. VIII, ch. IS, t. I,p. 787, D. ; Fauch., Ongr. de k /. /"r., 535 p»; du Vair, 350,36, etc.).

Mais es ne pouvait guère vivre sans ou. Dès le commencement du siècle, Tun et Tautre sont supplantés, soit par la préposition dedans, soit par a contracté avec l'article masculin : au (qui sonne presque comme ou = o) et aux. Les exemples sont nombreux où Ton voit aux et es alterner :

Aux prez de diuerses couleurs, Auxfleuues, aux bois, aux riuieres, Aux iardins de toutes manières, En chasteaux et en bastimens. Et en triomphans ornemens. Ne prenez-vous point de soûlas? (Marg. de la Marg,, IV, 191); Es pais et Duché de Normandie vne lerjion. Au pais et Duché de Bretaigne vne légion. Au pais de Picardie vne aultre légion... Et au pais de Languedoc vne aultre légion ... En chascune légion y auroil six mille hommes de pied qui se leueroient esdictz pais (Dolet, Gest. de Fr, de V., p. 66).

Voici, parmi des milliers, quelques exemples de au : au besoin^ tu Vas abandonné (Mar., II, 101); et entray Dans vng chasteau, auquel ie rencontray (Marg. de Nav., Dern, po., 154); Et le Seigneur, peult estre, qui Va faite, Feit pleuuoir Or aux cymes de sa teste (Forcad., 20, v. 11-12); contenus aux Hures de Ploiin (N. du Fail, Eutr., t. II, p. 1S); non point seulement au vers, mais a V oraison (Du Bel., Deff,, II, 8, éd. Gh.270); non seulement aux hommes, mais aussi es bestes [^OMch., Ser,, 1. 1, p. 3) ; ce riche et magnifique temple, auquel seul Dieu a voulu estre serui et adoré (Du Vair, 376, 1); rentrer aux charges (Id., 333, 32); les Pères se soient retirez aux déserts et aux solitudes (Id., 333, 17): receuanset en Vame et au corps la splendeur incompréhensible de la lumière éternelle (Id., 415, 32); il (l'honmie) a par le moyen du corps les plus excellentes qualitez, qui soient es choses sensibles et corruptibles, et par le moyen de Vame les plus excellentes conditions qui soient aux intelligibles et incorruptibles (Id., 412, \2); Au règne du magnanime roy Charles... les huguenots ayants recommencé la guerre [Mém. de la R. Marg.^ H); Basile estoit mieux aux bonnes grâces de la fille que moy (Tourn., Cont., a. ii, se. i, A. th. fr., VII, 141).

Ce fait se retrouve bien après la fin du xvi^ siècle.

Il amène une confusion en sens inverse, es pour aux est commun particulièrement chez Rabelais : c'est moy qui le foys es aultre» (Rab., Garg., ch. xxvii, t. I, 105); esvns escarbouilloyt la ceruelle, es aultres rompoyt bras etiambes. Es aultresdeflochoyt les spondyles du coul, es aultres demoulloyt les reins (Id., ib., 106); Esquelles remonslrances rien plus ne respondoient (Id., ib., xxvi, 1, 102) ; sd a esgard es choses susdites (Paliss., 36).

Je dois signaler qu*on trouve encore quelques cas où la préposi-

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