‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 131 sur 248 · FÉMININ DES ADJECTIFS · texte numérisé non relu

FÉMININ DES ADJECTIFS

Le xvi^ siècle voit d'abord s'achever la réduction des anciens adjectifs épicènes à la forme : bon, bonne. Dès le début du siècle, même des grammairiens attardés, comme Palsgrave, acceptent l'assimilation pour la plupart des adjectifs qui, autrefois, n'avaient eu qu'une forme commune aux deux genres, celle du mascidin.

ADJECTIFS VENUS DE LATIN ALIS, ELIS, ILIS, — I^S adjectifs en al font désormais leur féminin en al (pu aile). Palsgrave lui-même (164) * considère comme une irrégularité la forme liberaulx, qu'il trouve chez J. Lemaire. Il ne survit guère que la formule lettres royaux^ conservée par la chancellerie jusqu'à la Révolution ; ajoutons-y quelques rares exemples : royal promesse (Mar., Ep, au Roy pour succéder en Vestat de son pere^ I, 204)2.

Le type de même origine, mais populaire, en e/, parait un peu plus en retard. Palsgrave demande el au féminin quand le substantif suit : vne cruel défense (297) ; lui-même écrit las de corporelz besoignes (430); il étend cette règle à tel, quel (297, 365). Mais les grammairiens postérieurs, comme Gauchie, qui mentionnent ces formes, les considèrent comme des archaïsmes, ou les expliquent par une élision analogue à eV pour elle (1570, 37); H. Estienne est si loin d'autoriser ces formes qu'il fait une remarque pour blâmer grue/' quelle soit [Hyp., 98).

Les exemples en e sont innombrables : cruelle (Mar., II, 85, 180; 111,260); éternelle [U., II, 201); immortelle {là., II, 180); telle (Id., I, 123; II, 188; III, 233), etc..

Pourtant les -j-ormes en el sont assez fréquentes. On peut même se demander s'il faut une apostrophe partout où les éditeurs

1 . C'est une rèjçle pour Palsgrave que la^jectif placé devant le substantif n'est pas traite comme celui qui e^t derrière.

2. Y a-t-il apocope de e dans cet exemple, comme dans libéral planette (Mar., !I, 230,; virginal' noblesse (Id., lïl. 195)? C'est probable, car Marot a partout la forme en c; brutale (II, 71) ; ducale (II, 87); égales (III, 202); fatale (III, 137), etc., etc.

modernes l'ont mise : telz œuures (Lem. de B., 111, 106); tel' figure (Mar., III, 169); leW paincture (Id., Il, 217); teV persécution (Id., I, 81) ; teV doulceur (Id., I, 56); teV roydeur (Id., III, 203); teV hardiesse (Id., III, 2i6); tet chose (Id., 111, 170); teV peine (Id., II, 65); tet faulte (Id., III, 142); tel craincte violente (Id., III, 176) ; teV prière (Id., III, 195) ; tel vertu (Id., I, 14) ; a teV secousse (Id., III, 181); quelV mouche (Id., III, 93); quelV pitié (Id., 1, 275); quelV ioye (Id., I, 205), etc.. Pourtant, dans la plupart des cas, il semble bien qu'on ait affaire à une forme apocopëe, par licence métrique.

Les adjectifs venus de ilis ont presque tous un féminin distinct, sauf dans le composé gentil- femme^ qui échappe aux règles ordinaires de la morphologie (Lem. de Belges, ///., 1. I, ch. 48, h. 7r*; H. Est., Hyp., 154; cf. Mont., Ess,, 1. I, ch. 1, t. I, p. 5).

Ex. : les Dryades gentilles (Lem. de Belges, ///., 1. I, ch. 33, f. 8 r«) ; gentille: inutile (Dolet, // Enf,, 12) ; gentile (Seal., Let., 311).

VERT. — Sauf l'expression : donner la cotte vert^ le féminin est verte, Palsgrave a relevé dans J. Lemaire sur V herbe vert (299). De tels exemples sont rares (cf. tescorce vert^ Mar., III, 219).

Au contraire, verte est courant (Mar., I, 14, 15, 28, 72, 142; 11,113, 166; III, 8,220, 241, 242)».

GRAND. — Grand est le plus fidèle à l'ancienne forme. Palsgrave pose encore en règle que devant le substantif la forme est grant (296 et 299), et lui-même manque peu souvent à sa règle (cependant 469 : sa grande gourmandise). Une règle si absolue ne correspond pas à Tusage du temps, et on ne la retrouve chez aucun autre grammairien. Sebilet veut mettre l'apostrophe (^4. poét,^ 20 v**). Meigret néglige la question, mais ceux qui en parlent, comme Gauchie, ou H. Estienne, ne considèrent plus grand que comme une forme élidée, par conséquent anormale (Cauch., éd. 1570, 210, et H. Est, y Hyp,^ 98). D'autres, comme Pillot, ne donnent plus que des expressions isolées : de grand abondance (87 r"). Dès le milieu du siècle, pour les théoriciens, la forme normale est grande.

Les textes paraissent concorder avec les témoignages des grammairiens; dès le commencement du siècle, on y trouve d'innombrables exemples de la forme grande^ ainsi chez Marot, I, 14, 36, 91, 99, 117, 136, 167, 201, 220, 257, 272, 277; II, 86, 97, 98, 109, 116, 133, 139, 147, 156, 157, 171, 179, 228; III, 16, 32, 40,

l. Verde se rencontre aussi fréquemment : J. B. P., 191, S*-Gel.. II, 154, Rab.» t. I, 45, Forcadel, p. 40, v. 24.

64, 88, 116, 154, 174, 183, 206, 207, 213, 240, 250, 262, etc. Rabelais, Garff., ch. IV, t. I, 19, /A., ch. VI, t. I, p. 26; Marg. de Nav., Dern. po., 389, f° 2 v»; Marg. de la Marg., IV, 164 ; Corroz., HecaL, p. 75, 95; Dolet, Gest. de Fr. de K, p. 44, 11, 34, 19, 51 ; Id.^Man, de trad., 5, 13, 8,33, 36; Farce de II jeunes fem,, 120; J, B, P., 8, 10, 12, 13, 16, 20, 22, 25, 38, 56, 60, 86, etc.

Toutefois les formes grand et grande alternent souvent dans un même texte et dans une même phrase : Ou de César la grande con^ fiance, Ou de Françoys la grand' fidélité (Mar., II, 110 ; cf. I, 220); estoit grand pitié (J. B. P., 116); grande pitié (£&., 122); lequel.,, y feit grand brèche, sans bailler assault toutes foy s. Dedans la ville estoit pour le Roy le seigneur ... Cappitaine de grande vigilance, et prudence (Dolet, Gest. de Fr. de F., p. 41).

Et quand l'adjectif est devant, la forme grand ou grand' est très fréquente. A défaut de statistique je donnerai une liste à peu près complète des exemples fournis par Marot (j y supprime les apostrophes modernes) :

A. Au singulier : grand affaire (III, 200); grand alleure (I, 43); grand angoisse (III, 213); grand année (1, 186); grand ardeur (III, 254) ; grand audace (I, 192) ; grand baleine (III, 215) ; grand beauté (I, 22; II, 82, 117, 184, 189, 234, 236; 111,256); grand beste I, 155); grand bonté (I, 10, 214; II, 94); grand cerirnonie (II, 83 ; III, 176) ; grand chaleur (II, 78) ; grand cité (II, 80 ; III, 242); grand closture (1, il ; III, 124) ; grand croix (11,74) ; grand cruaulic (II, 157); grand cure (II, 86; III, 194, 239); grand desloyauté (III, 107); grand destresse (II, 130, 175); grand deuotion (II, 147); grand dignité (I, 189) ; \grand doulceur (I, 109, 204; 111, 224); grand douleur (I, 120; II, 175, 178) ; grand durée (II, 200); grand efficasse (I, 109) ; grand erre (I, 132.; III, 147, 212, 232, 242) ; grand faveur (III, 223) ; grand fille (III, 156) ; grand finesse (l,3i); grand flamme {11, 159; III, 170); grand folie [l, 216); grand forest (II, 76); grand forfaicture (II, 102); grand fortune (I, 162; III, 147); grand foyson (I, 143, 2t0); grand fueille [l 212); grand galère (I, 282); grand grâce (III, 114); grand hardiesse (III, 240) ; grand haulteur (I, 166 ; III, 135) ; grand ignorance (I, 124); grand ire (III, 218); grand ieunesse {{l, Si); grand ioye (I, 11, 50, 62, 167; II, 98; III, 182); grand langueur (II, 175); grand lasche té (I, 177); grand letanie (\, 180); grand liesse (I, 182; II, 12G), grand loyaulté (il, 164); grand lueur (III, 215); grand lumière (1, 68, IQ); grand médecine (lll , 13); grand mélancolie (I, 246); grand mer (III, 37, 175, 258); grand mère

FORMES DU SUBSTANTIF ET DE l'aDJECTIF 285

(III, 177) ; grand merueille (1, 228 ; II, 220, III, 7) ; grand miséricorde (I, 78) \grand monstre (III, 189) ; grand montaigne (III, 188) ; grand montée (III, 202) ; grand noblesse (II, dl); grand nue (1,235 ; III, 16, 148); grand œuure (III, 65); grand ordre (I, 153); grand oubliance (I, 203) ; grand oultrance (I, 161) ; grand paour (I, 193) ; grand parenté {\,Û)\ grand part (1,88,213; 11,93; 111,125,173); grand partie (I, 10) ; grand passion{\^ 121) ; grand peine (I, 43, 192

II, 104, 139, 171, 189; III, 57, 199, 206, 224); grand perfection (II, 145); grand perplexité (II, 88); grand persécution (II, 119): grand perte (II, 219); grand peur (I, 55, 281); grand pitié (I, 178, 222; III, 18, 22, 97, 264); grand plaine (II, 71); grand planté (III, 161); grand pompe (II, 229); grand poursuy te (I, 277); grand practique (1,193; 111,61); grand préférence (I, 110); grand prouesse {Il j 185); grand puissance (I, 119); grand quantité (lll, 129); grand recepte (I. 31); grand recompense (I, 180); grand renommée (11, i\H) ; grand resplendissance (III, 211) ; grand richesse (III, 147) ; grand rigueur (I, 88); grand sagesse (I, 15; II, 184); grand science (III, 33) ; grand serpente (III, 210) ; grand seruitude (I,178);yra/irfsimpZes«e(Il,61,184;III,31);yranc/ 501/(1,76,153); grand souffrance /'II, 225); grand Tartarie (I, 152); grand terreur (1, 143) ; grand tétine (111, 34) ; grand tour (III, 257) ; grand troupe (1, 112); grand valeur (1, 35, 237); grand value (I, 178; III, 223); grand vapeur [Ul, 216); grand vertu (I, 33, 143; II, 118); grand vigueur [Il , 156; III, 241).

B. Au pluriel : Grans Alpes (III, 213) ; grans approches (III, 74) ; grans audaces (II, 192); grans bragues (II, 63); grans brasses (III, 173); grands chaines (I, 16); grans clameurs (III, 220); grans consolations (I, 20); grands courts (I, 60); grands dames (III, 140); grans douleurs (I, 175); grans eaux (III, 161, 173): grans foretz (II, 224); grans guerres [\\, 224); grans ionchees (I, ^9); grans iournees (I, 28): grans liesses (II, 160); grans matières (I, 33); grans mers (III, 158, 171): grans plaines (l y 234;

III, 190): grans praeries (I, 179); grans richesses {l,2i&); grans riuieres (I, 173); grans rocher (I, 235); grans vndes (II, 68; III, 260); grans vertus (III, 8); grans villes (III, 212).

La grande masse des exemples est fournie par des phrases où grand se trouve devant le nom ; il y en a cependant quelques-uns où il est derrière :

une amytié Qui nest pas si grand'' la moytié (Mar., I, 34); la grand St/monne ou Symonne la grand (Id., I, 109); en gueulle grand' rechinee (Id., III, 226); les barres grans et lees (Id., III,

286 HISTOIRE DE LÀ LAI^GCE PRANÇAISB

209) ; les vmbres grands (ex. douteux, parce que ombre peut être masculin, Id., III, 126).

Quelquefois grand est devant, mais ne précède pas immédiatement le substantif: après mes grands et louables victoires (Mar., 111,136); les grans et longues pompes (Id., III, 187); les grans froides montaignes (Id., I, 218), de si grans et tant d'autres richesses {là,, 111,206).

Comparez : la grand place (Rab., Garg.^ ch. xxvi, t. I, 100) ; les grands eaulx (Id., «A., ch. LViii, 209); les grans rydes (Coll., 122); grans guerres (Seyss., Success, d'Alex,^ 14 r**); par ma grand* perseuerance [Marg. de la Marg,, IV, 135); grandz torches (Heptam.^ 517); sa grand blancheur (S.-Gel., I, 103 ; cf. I, 61, etc., II, 100) ; grandes faueurs (Id., II, 119); la grand Barbe [J, B, P., 10); a grand ioye {Ib,, 75, 77, 85); la plus grand'' part {Ib,, 93); grand sagesse (Corroz., Hecat,^ p. 39); grand ire (Id., lA., p. 50); grand raison (Id., /A., p. 37); sa grand fragilité (Id., /A., p. 33); en grand desplaisance (Id., /A., p. 22); grand nuysance (Id., îA., 12) ; grand rigueur (Id., tA., p. 59); grand' Aon^e (Dolet, Man, d, trad., 27); vne grand lettre (Id., îA., 23) ; grand' démonstration (Id. lA., 14); grand véhémence (Id., /A., 23); grand vertu (Id., /A., 15, et Gest, de Fr. de F., p. 10).

Ces exemples se continuent jusqu'à la tin du siècle : si grand' resistence (La Boet., Œuv., 17-18) ; eurent grand' guerre (H. Est., ^/)oZ., II, 63) ; une fort grand' larronnesse (Du Bart., Sem., éd. 1591 , 1 4) ; cette grand clarté (Id., iA., 40); grand semonce (d'Aub., OEuv.y II, 275).

Toutefois, à cette époque grande Ta emporté, sauf dans quelques locutions, sur le nombre desquelles les grammairiens ergoteront, depuis Malherbe jusqu'au règne de l'Académie * . Deimier parait, à cet égard, en retard sur son temps ; il accepte encore : il a de grands richesses {Acad,, 177).

AUTRES FÉMININS. — Les Comparatifs peuvent être considérés conmie ayant pris dès le siècle précédent Ve du féminin. Les contradictions de Palsgrave à ce sujet n*ont aucune importance (72, 295). Tous les grammairiens sont d'accord (Pillot, 12 r®, Garnier, 12, Meurier, Br. inst,, 41 v®, Cauchie, 1576, 107). Si on trouve dans Marot la mer Maiour, c'est une sorte de nom propre, qui est ailleurs, par exemple chez Louis Le Roy, Vie, , 45 v, cité par Becker ^.

1. Dans ces lucutions, uu voit du reste Ve du féminin s'introduire aussi : c'est grande pitié {Vi^or, Serm. Cath., 14) ; a grande poine (Rab., 1. 1, 26) ; en grande peine {Sat. Men.^ 55); la royne mère ou grande mere{Ib.y 17).

2. Cependant meilleur est chez Lem. de Belges : Cuydant mon deuil a meilleur couleur teindre (Templ. Ven,, OEnv., III, 103).

Pour les adjectifs participes en ant, voir au participe.

Turc a encore souvent Tancienne forme turquoise (Palm. Gayet, Chron. sept., p. 20, col. 1. Cf. ville turquesque [ib,). Gauchie, 1570, 65, blâme turcquesse, 11 veut turque ou turquesque. En 1576, ce grammairien n'a plus que turque (24).

Grec fait déjà le plus ordinairement son féminin en grecque: grecques naufz (Pel. du M., Orf., OEuv., 9 0; Helaine grecque (Mar., I, 123. Cf. III, 154); grecque poix (Lespl., Prompt., 47). Cf. Du Bel., Deff., passim.

L'orthographe greque est dans Meurier (31 v®), mais Cauchie àonne grequeQÏ grecque (1570, 65, 1576, 94). Ramus a jrrccyue (64).

RÉACTION DU TYPE QUI N'AVAIT E QU'AU FÉMININ SUR LES ADJECTIFS QUI AVAIENT E AUX DEUX GENRES

Tous les adjectifs à forme imique sans e ayant à peu près disparu, 1 adjectif français apparut de plus en plus comme im mot à double forme dont la caractéristique est la présence d'un e au féminin, et Tabsence de ce même e au masculin. Dès lors, l'analogie amena fréquemment dans les textes la suppression de Ye là où il existait au masculin, suppression d'autant plus facile que, ainsi que nous Favons vu dans la phonétique, Tamuissement croissant de e rendait la confusion presque insensible.

ADJECTIFS EN IQUE. — On pourrait croire que Palsgrave est de parti pris quand il réclame au masculin mirifiq plutôt que mirifique, s'il n'avait pris soin de nous rapporter les exemples analogues qu'il trouvait chez Lemaire (303) : bellicq, hucolicq, diabolicq, (jallicq, mathematicq, mirificq^ olimpicq, publicq, sophysticq, tirannicq. Lui-même, bien entendu, est loin d'adopter uniformément ce système, et il écrit à peu près 20 fois ique pour 2 fois icq. Néanmoins ni lui ni J. Lemaire n'ont inventé cet fc, icq qui n'est pas non plus un pur latinisme. On le trouve dans les textes : art poé'tic (Pasq., Rech., liv. VII, ch. 5, t. I, p. 700 A) ; ecclesiastics (Id., ib., liv. VIII, ch. 13, t. I,p. 787 A); rustics (Rivaud., 180). Et l'on sait combien les hésitations de la langue moderne ont été longues pour quelques-uns : hébraïque, laïque, publique. Au xvi**, l'usage me parait être en général d'écrire par que : angelique (Mar., III, 6); erratique (Mont., 1. III, ch. il, t. VI, p. 266); ethicque (Mar., III, 241); fantastique (Id., I, 288; Mont., 1. I, ch. 4, t. I, p. 25); laïque (Vigor, Serm, cath., 61); mélancolique (Mar., I,

288) ; poétique (Id , III, 12) ; praticque : traficque (F. Hab., Voyage^ B6r<>); publique (Sylv., Isag., 70; Mar., I, 79, 171; S*-Gelais, II, 141; III, 185; Cord., Corr. serm, em., 328 B, 384 G; Dolet, IIEnf., 84 }{,;Chans.hug.,ili; Mont., I.I, ch. 35, t. II, p. 159; 1, II, ch. 12, t. IV, p. 131) < ; pudique (Mar., III, 6) ; rusticque (Pel. du M., y. lyr., 66 v^).

ADJECTIFS EN ELLE. — Pour cette catégorie, c'est à peine si Ton peut signaler quelques reformations analogiques, par exemple celle de salle au masculin: sal (Du Wez, 917), et, dans la série en c/, celle de fidel^ rebel. Paisgrave condamne formellement rebelle chez Octovien de S^-Gelais (298) : fiers taureaux rebelles^ qui « en prose serait incongru » (cf. 322, 681). Gauchie Jdonne une forme fidel (1570, 77) ; cette forme se retrouve dans les textes : un fidel conseil (Lar., Fid., a. i, se. u, A. th. fr,, VI, 312; Brant., Vies des gr. cap.^ V, 125) ; mais elle est rare.

ADJECTIFS EN ILE. —Ici, au contraire, les exemples de masculins sans e se multiplient. Non seulement en face de débile^ inutyley habyle, on trouve chez Paisgrave : agil (322); facil (311); infertil (305): senil (305); soubtil (312, 325); viril (318); mais ces formes ou leurs analogues se rencontrent assez abondamment chez les écrivains : inutil (Gorroz., Hecat., 5); inutilz (Mar.,

I, 86); versatil (B. An., Lyon march.^ B, V, r**) ; viril (Dolet, Gest, de Fr, de V., 53); viril: faut-il {iod., Eug,, a. m, se. ii, A. th. fr., IV, 53); fertils (Forcad., p. 9, v. 3, p. 11, v. 1); imbecily inutil (Bons., V, 72, M.-L. ; cf. Du Vair, 406, 6) ; seruil (Jod., II, 216, M.-L.) ; steril (Dorât, 17); vtil (Gello, Circé, 127): infertil (Du Bari., Sem., éd. 1591, 54).

G*est en souvenir de cet usage que, au xvii® siècle, Deimier déclarera qa'inutils ne peut rimer avec abortis, comme chez Ronsard. « On les couchoit ainsi autrefois, vtils^ inutils^ sterils. » Mais maintenant il faut tousiourse {Acad., 206). Toutefois les formes en e sont les plus communes : Agile{Mav., III, 186); facile[ld., II, 135); fertile (Id., II, 225); habile {Id., II, 64; cf. III, 186); hostile (Id., II, 81); humile (Id.,

II, 135); inutile (Id., II, 225); mobile (Id., II, SI); puérile {Id., II, 82) ; Gf. virile (Rab., Garg., 1. 1, ch. 3, I, 16 ; et LaBoet., 113, 62); débile (Mont., 1. I, ch. 9, t. I, p. 40); indebile (Id., I, III, ch. 5, t. V, p. 294); puérile (Id., 1. III, ch. 5, t. VI, p. iO); vile (Id., 1. II, ch. U, t. III, p. 166 ;1. III, ch. 2,t. V,p. 197;1. III,

1. Cependant pu biiq' {Du BeL, Deff,, II, 5, 233, éd. Cham.).

ch. 13, t. VII, p. 58; Chans. hug., 8); ville (CoU., Œuv,, 256); venatile (Mont., 1, 111, ch. 13, t. VII, p. 76, n. 2) ».

AUTRES ADJECTIFS. — Soit chez les grammairiens, soit chez les auteurs, on trouve un certain nombre d'autres adjectifs antérieurement terminés par un e muet au masculin et qui Tout perdu :

Debonair (Palsg., 317); indigest (Mont., 1. 111, ch. 13, t. VII, p. 69); 7iii7( Palsg., 313, 322); sublim (Id., 315); tied (Id., 293)2.

Pour Textension inverse, on peut citer sauve : sain et sauue (Pillot, 64 r<»); leurs corps et biens saulues [J. B. P., 145); caduque (Mont., Uv. II, ch. 2, t. III, p. 21 ; ib., ch. 12, t. III, p. 188) ; decrepile (Id., 1. I, ch. 20, t. I, p. 114; 1. II, ch. 12, t. IV, p. 162) ; fortuite{ld., 1. II, ch. 12, t. III, p. 176; ib., t. IV, p. 96; 1. III, ch. 5, t. Vl,p. 9); inquiète (Id., 1. III, ch. 12, t. VI, p. 273); promiscue (Id., 1. 1, ch. 56, t. II, p. 294); proclive (Id., 1. II, ch. 8, t. III, p. 96). A perplex^ qxii est dans Marot, 1, 136, perplexe tend à se substituer : « perplex.., alii commune sub e faciimt » (Gauchie, 1576, 95).

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