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FÉMININ DES SUBSTANTIFS EN EUR

Dans les formes des adjectifs et des noms, qui, de tout temps, avaient eu deux formes pour le masculin et le féminin, je signalerai quelques changements qui, sans être enfermés dans les limites du XVI* siècle, s'accusent plus particulièrement à cette époque.

Les féminins en eresse sont toujours nombreux ^. Les grammairiens les indiquent. Palsgrave : (154) brodeur , broderesse ; Rob. Est., menteresse ; Cauch. (éd. 1570, 66) : pécheresse.

Ils sont également communs dans les textes : regnateresse et moderateresse de toutes lesdictes nations (J. Lem. de B., ///., l.IIl,f3v^éd. IU8, G.); la flatteresse espérance {S^'Geh, m, 174); tromperesse (Id., 111, 202 et 225). Il y en a ime amusante énumération dans R. de CoUerye (CEuv.^ 231) tr icherr esses ^ pécheresses^ gaudisseresseSj menterresseSy fillerresses^ f our bisser resses^

1. Dans les adjectifs en /*, point de changement. Je noterai toutefois que Palsgrave (393) demandait le maintien de /* devant oe. Et il observe cette règle. Mais 1/ disparut de bonne heure. Sylvius la condamne (69) et Gauchie (1570, 64) dit : f omitti in fœminimum cœpit.

3. Comparez des substantifs comme interprets (Meigr., Off. de Cic, 6).

3. Rabelais s'amuse à faire des féminins en esse belles et ioyeases hypocritesses^ ehatlemitesses, hermilesses (IV, 64, t. Il, p. 497). Il est à remarquer que crc«sc comme erie tend à devenir un suffixe simple. Montaigne dit singeresse (1. III, ch. 5, t. VI, p. 8, n.3.).

Histoire de la langue française, II. 19

rapinerresses^ recommanderesses ; cf. changeresse (Amad. Jam.» I, 87) ; assom'resse (Rons., IV, 288 ; voir pour la Pléiade le Lexique M. Lav., II, \i^); piperesse (Tahur., II, 82, ode 7, Bl.); baisere$»e (G. Durand, /m. de Bonnefons, 82); danseresse (G. Bouch., Ser., I, 152). Même à la fin du siècle, ils n'ont pas cessé d'être en usage : adulteresse (Palm. Cayet, Chron. sept.^ 75, 1); intercesseresse (i7>., 93, 1); fîaleresse (Du Bartas, 1591, 60); basteleresse (G. Fouc, Ep, d'Arist.y 77); charmeresse (ib,^ 148); broderes$e {ib.^ 67).

Cependant un changement était en train de s'accomplir. Par suite de Tamuissement de r final, les formes en eur se rapprochant des adjectifs en €u{x), fém. euse^^ la finale euse beaucoup plus proche du radical modifié tendit à supplanter eresse. Du Wez donne déjà trompeur, trompeuëe, et Meigret déclare (30 v**) que les dénominatifs en eur tirés de verbes font leur féminin en euze.

Dans Marot, chasseuse vime Sivec paoureuse, 111,227; flaieuse est dans Forcadel (p. 3, v. 22); pipeuse, d'après Godefroy, serait dans Montaigne (Ess,, I, 46). Mais le renvoi est faux, Montaigne dit piperesse (l. I, ch. 14, t. I, 83)2.

FÉMINI^s EN TRICE. — La forme savante en trice ne sort pas encore d'im certain nombre de mots savants. Sylvius, ayant à traduire imperatrix, detractrix, mentitrix, les rend par emzperece, detractrece, menirece, en ajoutant « et similiter alia permulta verbalia quae ss gemino imperiti scribunt » (74) ^.

Rectrice est dans Marot (I, 89), tutrice dans Rabelais : Ainsi est vierge dicte P allas Déesse de Sapience, tutrice des gens studieux (1. III, ch. 31, t. II, 153) ; cf. Nécessité feut inuentrice d'Eloquence (Id., Prol. du 1. IV, t. II, 257); la faculté expultrice (G. Bouch., Ser., II, 95) ; effectrice (L. le Roy, Tint., 46 r®, Becker) ; gesticulatrice (Cyre Fouc, Ep. d^Arist., 97); vne manière dubitatrice (Mont., 1. II, ch. 12, t. IV, p. 78). Ces féminins latins en trice sont assez fréquents chez Montaigne. Je relève : diuinatrice (1. Il, ch. 12, t. III, p. 226; ib., ch. 19, t. IV, p. 276 ; 1 III, ch. 13, t. VII,

1. Comme lype de cette confusion je citerai une phrase curieuse de Meigret: Ajouste si ta veux les Perfamenx^ les Balleurs (Trad, des Off, de Cic„ 1547, 122).

3. Prieuseest déjà dans leMyst. du Jugement^ 2133; cf. Ghr. de Pis., Dit de Poissy, 645. II, 178.

3. Masset {Ach. à la langue franc.) note aussi trice comme un pur latinisme. Il cite : tuteur et lutrice^ empereur, emperiere et impératrice. Gauchie (1570, 66) écrivait le latin tout cru : imperatrix. Le vieux féminin emperiere est encore commun au zri* (Cauch., 1576, 97; Rivaudeau, 75, etc.); Pasquier, 1. VIII, ch. 3, éd. 1621, p. 680, observe que emperiere « a esté tousiours mis en œuure par des Essars en son Amadis de Gaule, combien que nous eussions... impératrice ». Montaigne aussi emploie emperiere (1. I, ch. 23, t. I, p. 161). Nous en reparlerons au xvu* siècle.

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p. 61); eiaculatrice (1. 1, ch. 21, t. I, p. 146); fundatrice (1. II, ch. 12,t. IV, p. 115, n. 2) ; formatrice (1. I, ch. 26, t. II, p. 52); génératrice (1. III, ch. 13, t. VII, p. 4); médiatrice (1. I, ch. 28, t. II, p. 90); ostentatrice (1. I, ch. 39, t. II, p. 193); promotrice (1. II, ch. 35, t. V, p. 92; ib., ch. 8, t. III, p. 85, n. 1) ; réformatrice (1. II, ch. 12, t. III, p. 183). Ils ne sont pas enregistrés par les dictionnaires du temps.

Autres féminins. — Parmi les autres féminins, il en faudrait citer quelques-uns qui ne sont plus guère usuels en langue moderne, et qui se rencontrent encore au xvi* : tyrantc (sur Tancien masculin tyrant)^ encore dans Rons., III, 217, M.-L.), à côté duquel on a tyranne (Desport., Diane, I, son. 16).

C'est surtout dans les noms d'animaux qu'on constate les changements. Ronsard dit encore une tigre [Po, ch,, éd. Becq de Fouquières, p. 19).

Porc a encore une forme porque, donnée par Gauchie, 1570, 65 *, et qui se rencontre dans les textes, Maupas la conservera (77)*-.

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