CHAPITRE III DEGRÉS DES ADJECTIFS
Comparatifs. — Ceux des vieux comparatifs synthétiques qui ne devaient pas demeurer en langue moderne achèvent de mourir, ou de passer h l'état de substantifs, sous lequel ils devaient se conserver.
Greigneur se rencontre encore chez beaucoup d'auteurs (Rab., I. II, ch. 27, t. I, 346, Scève, Z)ei., XIX (mais avec la mention «( comme on dit) », J. Bouch., î? Mor.^ III, f** 16 c, H. Toutefois il est vieux, Paisgrave le donne comme moins usité que plus grand (72, 300) ; Sylvius le dit rare (91); Ronsard le corrige dans ses Amours (I,6S; cf. M.-L., Lang, de la PL, II, 180). Pasquier le mentionne comme un mot des ancien^ [Rech., 1. VIII, ch. 4, t. I, p. 762*^, 763") ; à la fin du siècle, Maupas le déclarera hors d'usage (92).
Maire ^ maieur sont des substantifs qui s'emploient, soit au sens actuel, soit dans quelques expressions toutes faites comme maieur daage (Ramus, 69, 136).
Mineur est dans le même cas, quoique un peu moins avancé dans la décadence ; on comprend encore qu'il veut dire plus petit (Sylvius, 91, Palsg.,300); mais Meigret ne l'accepte qu'au sens d'âgé de moins de 24 ans (27 r") ; et Ramus dans l'expression mineur daage (69, 136); Palissy dit cependant : Commençons du mineur au maieur (33).
En somme, des anciens il reste meilleur; celui-lh est le plus solide, il est toujours obligatoire ; plus bon est proscrit, et aussi plus meilleur, qui apparaît à Ramus comme un pléonasme vulgaire (137) *. Restent aussi pire et moindre. Mais pire est concurrencé psiT plus mauuais (Palsg., 71 et souvent dans l'usage); on le prend aussi pour un positif : il nest pas pire pour il n'est pas mauuais (Ramus, 137); moindre, de l'avis même des grammairiens qui le donnent, est moins employé que plus petit (Palsg., 72, 300, Meigret, 27 r«).
II faut tenir compte de l'existence d'un certuin nombre de
1. A ce plus meilleur comparez plus pis : Beaucoup plus pis si le Hoy n'a mercy {Chans. 1594, Ler. de L., Chants hist., Il, 562).
Histoire de la. langue française, II. 20
formes savantes, telles que intérieur^ inférieur^ supérieur. Toutefois, à propos de ces deux derniers, Meigret observe quUls ne sont pas très bien reçus en français, et qu*on dit plus communément plus haut, moins haut, plus bas, moins bas (27 v^).
Superlatifs. — superlatif absolu. — Le superlatif absolu donne lieu h peu de remarques. La forme désormais consacrée, grammaticale pourrait-on dire, du superlatif est la forme faite de très, qui entre même en composition quelquefois avec l'adjectif, sous la forme tré : trébon. Toutefois, fort est aussi très en usage.
La seule question qui se pose vraiment est Fessai de restauration de superlatifs en issime et en isme, qui a eu quelque conséquence, puisque, sous Tinfluence de l'italien, ces formes ont laissé des souvenirs au moins dans la formation des titres: Altesse serenissime, reuerend issime Seigneur, etc.
On a longtemps accusé Baïf, d'après une méprise d'Estienne Pasquier [Lett,, XXII, 2), d'avoir imaginé cette restauration. Il n'est pas impossible que la Pléiade, à son début, ait eu quelque velléité de tenter des latinismes de cette sorte; Ronsard [Artpoét,, VI, 462, M.-L.) avait promis aux poètes de « leur monstrer a composer des noms comparatifs, superlatifs, et autres tels ornemens de nostre langage ». Mais tout ce qui a été tenté dans ce sens par le Cénacle ne l'a jamais été sérieusement. Sans parler même de la bouffonnerie de Bergier de Montembeuf récitée à la fameuse pompe du bouc, le sonnet de Du Bellay (II, 419, M.-L.) et la réponse de Baïf sont de pures « gosseries ». Jamais le docte, doctieur et doctime Baïf n'a risqué vraiment dans ses vers un adjectif de cette forme, un bonime ou un brauime.
Mais les formes en issime imitées à la fois du latin et de l'italien ont une tout autre histoire.
Peletier du Mans leur était favorable : « Nous auons u de nouueau grandissime, belissime, dont ne ferè difficulté d'vser. E ancores, comme i'è dit quelquefoès an ioyeus deuis, ie voudroè que quelque hardi inuanteur ut fèt venir grandieur e belieur, pour plus grand e plus beau, afin que nous vssions positiz, comparatiz, et superlatiz w [A. poet,, 39).
Ces superlatifs avaient mieux que cela pour eux, ayant la mode italienne : aussi s'insinuent-ils dans les textes. Rabelais emploie ÎTOïiiquemeni verissime (1. III, ch. 24, t. II, 120, M.-L.) ; perfectissime (Prol., t. I, 7) ; Noël du P'ail, scientissime (I, 128), beatissime (I, 51) ; Larivey, bestialissime {Le Fid . , a. ii, se. xvi, A. th. fr., VI,