‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 144 sur 248 · NOMS DE NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMS DE NOMBRE

Au-dessus, la numération est encore incertaine : Dont on peult bien conter millions plus de mille (Lem. de B., Œuv., III, 130); Pour mille millions d'escuz (Coller., Œuv.^ 133) ; les millions de mille (Marg. de Nav., Dern. po.^ 435) ; cent mille millions de fois (Lar., Les Esc.^ a. i, se. m, A, th. fr,^ VI, 110). Cependant milliard apparaît, avec une valeur variable. 11 signifie dans Peletier du Mans [Arith,^ 1554, p. 2 r**) : million de millions '; c'est un nombre vague qui, comme milliasse^ veut dire une quantité infinie. Cf. I^s ioyeuses recherches de la langue tou^ lousaine d'Od. de Triors, 1578, 8. Le mot ne paraît pas connu de Meigret qui conseille de se servir de mille millions. Bernhard lui donne plus tard encore un autre sens : decies centies centum millia (64) 2.

Nombres ordinaux. — Dans les formes même des ordinaux, le xvi' siècle apporte peu de nouveautés ; toutes les formes en ième sont antérieures.

Toutefois celles qui étaient encore en concurrence avec les vieux ordinaux latins, savoir : deuxiesme^ troisiesme, quatriesme, cinquiesme^ l'emportent de plus en plus. Les grammairiens considèrent en général les deux séries comme équivalentes, et les textes montrent que telle est en effet la situation dans l'usage. On rencontre d'assez nombreux exemples des formes en iesme, là où Fusage moderne a conservé les autres pour la désignation de certains personnages historiques : vers le règne de Charles cinquiesme (Pasq., Bech., 1. VII, ch. 5, t. I, p. 699»).

Contrairement aux précédents, vniesme employé seul ne paraît pas en progrès ; Meigret ne veut déjà plus lui donner que la signification de seul dans des expressions comme moç vnieme (41 r").

Dans les autres formes numérales, je signalerai seulement la curieuse tentative par laquelle Meigret, frayant la voie aux mathé-

1 . « le n'eusse point, dit l'auteur, vsurpé ce mot de Milliart, n'eust été l'autorité de Budi au Traûté de la Hure et de ses parties » (3 v).

2. Je dois ajouter que les techniciens vont plus loin. Voici ce que dit VArismetique d'Est, de la Roche, f» 5 v*" (éd. 1538, Lyon):

<• Et pour plus facilement nombrer vn grant nombre, l'on peult diuiser les figures de six en six en commençant tousiours a dextre : et sur la première figure d vne chacune sitiesme la première exceptée l'on peult mettre vng petit point: et doit on scauoir que toutes les figures depuis le premier point iusques au second (si tant y en a) sont tous millions, et du second au tiers sont millions de millions : et du tiers au quart sont millions de millions de millions. Et ainsi des aultres pointzen proférant ce vocable million autant de fois comme il y aura de pointz : ... le premier point peut signifier million; le second point, billion; le tiers point, trillion; le quart, quadrilion; le cinquiesme, quillion; le sixième, sixlion ; leseptiesme, septilion ; le huitiesme, octilion ; le ncufiesme, nonillion. Et ainsi des auti*es se plus oultre on vouloit procéder. »

maticiens modernes, introduit une longue série de multiplicatifs : sextuple ou sizuple^ sçttuple, octuple ou huytuple,.., et si cela semble bon jusqak soessante décuple^ qatreuintuple^^ etc. (42 v*). On les retrouve ou à peu près dans 'arithmétique de Jean Trenchant. Lyon, M. Jove, 1371.

Les anciens multiplicandes : double^ cent, encore si communs au xiv*-xv« siècle -, se font plus rares. Cependant paire est toujours usité : deux paires de voz lettres (Seal., Let., 16, cf. 25). On trouve aussi tant : les Chaldeens tenaient registre de quatre cens mille tant d'ans (Mont., Ess., 1. II, ch. 12, p. 377, éd. 1S95, G.)3.

1. Esl-cc cette propoRÎtion, ou quelque autre analogue, que le fils de Maupas a eu l'intention de blâmer : « Les autres formules que plusieurs mettent en auant sont manques, ne seruans pas en tout degré de nombre, il se faut retrancher en Tvsage. comme ceux qu*ils appellent Proportionnels, Simple^ Double^ Quadruple ou quMtrupU... Vous suyurez les Latins, en reiettant Vx » (éd. 1638, p. 112).

2. Rendu et meri a cent doubles (Chev. de la Tour Landr., 172), a dix tant de gens que Hz h'extoient (/d., 124).

3. Rien à dire de et entre les nombres. Il s'emploie toujours régulièrement : m.i7 cinq cens et vingt et quatre (Mar., II, 215) ; au temps des soixante et dix ans de la captiuité de Babylone (Rivaud., i6) ; Les vingt et huit sénateurs (AmyoL, Vie de Lyc, 1,51, A),

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