SUBJONCTIF PRÉSENT
UNS, EX, IONS, fEZ. — Au XV® siècle, les subjonctifs en ons, ez sont encore tout à fait usuels : ...Que me donnez en octroy don sigrant (Ch. d*Orl., I, 15) ; ie vous prie, ma godinette, Que vn petit parlez â my, Et si m'appeliez vostre amy {Farce d'un chauldr., A. th. fr., II, 112) ; le vous pri que ne me reffusez pas [XV Joyes, p. 59) ; le vous prie donc, dist te roy d'Espaigne, que vous nous d éclairez comment vous entendez ce que vous luy distes (J. de Paris, 110).
On les trouve à toutes les conjugaisons : Le Dieu d'Amours vous prie que venés (Gh. d'Orl., I, 5) ; Certes, mon amy, n'est ia mestier que le sachez {XV Joyes, p. 91) ; Par Dieu, mon amy, ie ne vous demande rien, fors que bonne chiere f assez [ib., p. 58).
Ces formes envahirent même Timparfait du subjonctif : le vous auoye bien dit piecza... que vous feissés fermer nostre poulailler (ib., p. 46, cf. p. 55).
Au coomiencement du xvi^, on trouve encore dans Marot : En fans, ie veulx que vous iouez{l, 254), et dans Rabelais: ie vous prirois voluntiers que de debtes me laissez quelque centurie (1. III, ch. 5, t. II, 37) ; le vous pry... que uous rendez noz cloches [Garg., ch. 19, Har, de Jan. de Bragm.) ; le pry à Dieu que vous rencon- /rejs (S*-GeL, I, 79); il fault que vous y allez (Nie. de Tr., Par., 60) ; ie vous diray que venez (Id., ib., 281) ; elles veulent que vous deuinez (Id., ib., 232). Dans Montluc c'est encore Tusage constant : il faut que vous commandez (V, 210, let. 229 ; cf. et suys d'auis que vous layssés Lauaur [ib., 211, let. 230).
Cependant, au xv®, iez avait apparu : le ne vueil pa» de ce vous destourber Que ne m'amiez de vostre courtoysie (Ch. d'Orl., I, 123); et il se répand assez vite pour que Palsgrave donne en règle absolue que le subjonctif se forme à laide des flexions ions, iez K
C*est désormais le paradigme ordinaire des grammairiens, si Ton excepte Du Wez et Pillot-; et H. Estienne corrige dans Du Bellaj, 496 : sans qu'autrement vous le recompensez ; il faut : recompensiez ^.
Les textes sont pleins de lune et Tautre forme.
1*» 0ns, ez.
le vous prye... que.,, ne le laissez (Marg. d'Ang., Let., 1521, Herm. C, I, 67) ; debuez.,, ne permettre que... combatez vostre bien aymé (Briç., 24 fév. 1524, ib., I, 199); le suis d'opinion que retenons... et au reste nous hastons(l{ab.,Garff., ch. 32, t. I, p. 122); ledit seigneur a enuye que retournés (D. de Poit., Let., lxxix, p. 136); Vheure nest pas que me retenez plus (Pelet, Orf., OEuv.. 17 r*>) ; aydez: accordez (B. An., Lyon march., B., V r**) ; affin que nous résistons (Farel, 17 nov. 1527, Herm., C, II, 55); que me pardonnez (Mar., I, 134) ; que le scellons (Id., I, 189); que nous nous gardons (Id., I, 185) ; que vous iouez (Id., I, 254) ; que les miens vous sachez (S'-Gel., I, 278) ; A fin que mieux vous y pensez (Id. I, 270); tant que... Vous pourchassez (Id., I, 79); ie vous diray que venez (Id., ib., 281); il conuient que vous iurez (Amad., 1. I, f* XX v<>) ; il fault bien que vous entendez {Farce à IV pers.^ 549, Pic. etNyr., p. 155)*.
En voici un exemple au début du xvii® siècle :
Modérateurs de rVnivers, Ne faites que franc de voire ire, L'erreur s'enracine peruers ; Qu'au Ciel spectateurs immobiles, Vous laissez courir au hazart. Tout ce que fortune départ A nos iours caducs et labiles (Hardy, Did., 1716-22).
2^ Ions, iez.
Que vous rapportiez (Mar., II, 72) ; affm que suyuiez (Id., 1, 211) ; [de peur] que n'esprouuiez (Id., III, 254) ; ie vouldrois que... vous me disiez (Id., 111,29); affin qu'en ceste saison nous facions bien serrer et faire le vin et qu'en hyuer, nous le humons (Rab., Garg., ch. 27,
1. Il lui arrive toutefois d'oublier i dans ses exemples : auant que noui y donnons (501); auant que vous vous leuez (537).
2. Le premier donne allons (999), cognoissons (986), et Pillot, après avoir déclaré que le subjonctif présent de la 1'* conjugaison est pareil au présent de Tindicatif, donne effectivement aymons, aymés (28 r").
3. Clément (H. Est.^ 135) donne de ce fait une autre interprétation, à mon avis inexacte.
4. Marty-Laveaux n'a rassemblé que quelques exemples 'Lex. de la PL, lï, 342- 343), croyant avoir affaire à l'indicatif.
t. I, p. <05); que me saichiez {Nie. de Tr., Par., i78); ie vous prie que me faciez (Id., «A., 35) ; il fault souuent que nous obéissions a la force (La Boét., 3-4, Bonn.) ; ie ne veux pas que vous le poussiez ou Vesbransliez (Id., lA., i4); ie suis tresbien d'auis Que demeuriez (Pelet., Œuv,, 95 r^) ; A fin quvsiez mieux.,, (S^el., II, 109) ; afin que,., nous annoncions {Ch, hug,^ 365, 1553); afin que,,, viuions (lA., 349, 1548). Mais tous d'accord te cognoissions Désormais, et seul adorions [ib., 209, 1561) ; portiez^ faciez (Amad,, l. I, f® xviii^ et partout) ; il veult que nous mangions et beuuions ( Vigor, Serm. cath., 39).
A la fin du siècle les Gascons se servent encore de la forme en ons, eZy ainsi Montluc.
La confusion syntaxique des modes, qui permet souvent d'employer à volonté indicatif et subjonctif, comme on le verra à la syntaxe, a contribué à maintenir cette indécision entre les formes, Tauteur n'éprouvant pas le besoin impérieux de choisir entre les deux modes, et, par suite, entre les deux formes. Une correction de Montaigne en est un indice : en 1580, 1582, 1587, et en 1588, il écrit : il se faut reseruer vne arriereboutique, toute ^nostre, toute franche, en laquelle nous establissons nostre vraye liberté ; le texte de 1595 corrige : establissions (1. I, ch. 39, t. II, p. 181-2). Sans doute dès 1580 il avait l'intention de mettre le subjonctif: la forme en ons lui paraissait alors l'exprimer suilisamment.
Remarque. — Quand cette flexion se rencontrait dans l'écriture avec un y ou un i final du radical, cet i ou y du radical se confondait-il avec celui de la flexion ? Il y a hésitation. Meigret dit : (85 v*) : « Si le plurier duprçzent a yons çn la première, allors Timperfçt ne çhanje rien ^n se' premier' ç seconde p^rsones : de sorte qe nou' dizons pryons, voyons, fuyons, voyez, fuyez, oyons, oyez, tout einsiq'ao prezçnt, l^qels toutefois dusset f^re voiyons, fuiyons : m^sl'vzaje ne Içs a pas reçus. » Gauchie voudrait même éviter les imparfaits de /îer, nier, lier pour fuir la cacophonie (1570, 126), ce qui prouve qu'il entend deux i; et Palsgrave (121), R. Estienne aussi, acceptent nous voiyons, vous voiyez, Maupas décide qu'il y a deux i (222) : <( Pour moy ie ne suis pas de cet aduis, qui tiens en tous imparfaits, tant indicatifs qu'optatifs et conionctifs et en tous presens conionctifs ou optatifs, ces personnes là ont vn i, voyelle auant la terminaison. Ainsi Enuoiyons, iouyons, louyons. Et [quand deux i s'y rencontrent, nous allongeons et trainons la syllabe comme se fait es autres voyelles doublées : roole, aage, guéer, [De mesme priyons, niyons, criyons, riyons, »
Vi est presque introuvable dans les textes : Si trouuez que.,, soyons (Mar., I, 274) ; lequel fait... Que nous ayons (Id., I, 100); ne craignez pas que voyez aduenir (Dolet, // Enf., 31) ; vous suppliant que vous y pouruoyez (S*-Gel., I, liO) ; Soudain que l'on le mettoit sur l'vn ou l'autre de ces poincts^ vous le voyez trauerser (Pasq., Rech.,\. VIII, ch. 8, t. I, p. 779 A); «7 nest raisonnable que vous sacrifiez ou priez (Vigor, Serm. cath.^ 79); D'autre costé nous oyons la douce Musique que rendoit le murmure du vent (Cyre Fouc, Ep. d'Arist., 23) ; si nous voyons aussi à clair (Du Vair, 349, 43) ; ie désire surtout que vous vous employés {Let. mis. de Henri /V, III, 234).
Faut-il se fier à quelques exemples: Bien voyions nous {C h. hug.^ 202)? La lecture est douteuse, i ne s'écrivait pas.