‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 168 sur 248 · RADICAUX DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

RADICAUX DU SUBJONCTIF

J'ai signalé plus haut diverses particularités communes au radical de rindicatif et au radical du subjonctif, j'ajouterai seulement ici quelques observations spéciales.

Doint est toujours très vivant, dans certaines locutions au moins, surtout dans les souhaits : Dieu vous doint (Palsgr., 393, 483 et 564; Du Wez, 919; Meurier, 27 v*^; Gauchie, 1376, p. I6S; cf. Marot, I, 198, 209, 212, 224, 237, etc.; S^-Gel., I, 79; Ch. hug., 177; Marg. de la Marg,^ IV, 135; Gello, Circéy 137 ; Lar., Les Esc, a. n, A. th, fr., VI, 121).

On retrouvera ces formules jusqu'en plein xvii* siècle : Dieu lui doint la vie éternelle (Loret, 7 oct. 1656, v. 214) ; A qui Dieu doint bonne auanture (Id., 29 janv. 1661, v. 119).

Mais ordinairement le subjonctif est donne : 0 que sa fille vnique Donne a la republique (Mar., I, 271-2); même quelquefois quand c*est Dieu qu*on invoque : ie pry a Dieu qu'il vous donne richesse (S*-Gel., 1, 80).

Die est dans une situation toute différente : On peut dire qu'il reste la forme normale partout (Marot, I, 57, 102, 191, etc.).

Je noterai cependant quelques exemples de dise, si toutefois on peut se fier aux éditions (Palissy, 33 ; Lar., Les Jal,, a. ni, A.th, /•r.,VI, 52) ».

La forme sans s entraîne même des analogues d'après bruye, bénie, etc. Ainsi : rien qui les enhardie (La Boét., Serv, vol., 7); lesus ....nourrie et augmente vostre foy (Farel, Aux rel. de S^'Claire, Herm., C, II, 65).

Voise est également en pleine vie : il est superflu d'en citer des exemples.

Mais aille commence à lui faire une concurrence mortelle : il faut que ie m'en aille (Bell., La Recon., a. i, se. iv, A. th. fr., IV, 353); voulez-vous que ie Valle trouuer{Ldir., Jal., a. ii, se. ii, A. th. fr., VI, 28).

Palsgrave met les deux formes sur le même plan (123-4, 410). De même Meigret (98 v<»; Pillot, 50r*>; Meurier, 24 v*».

Robert Estienne n'a que aille (48), de même, Gauchie, 1570, 133, Garnier (72) et Ramus (85-6).

1. Cf. occise (Mar., 1, 112) à côté de occie (Jod., Eng.^ a. iv,sc. m, A. th. fr.^ IV, 65),

LE QVE DU SUBJONCTIF'. — Que ne fait évidemment pas partie de la forme verbale du subjonctif, toutefois il me parait indispensable de marquer ici que le subjonctif sans que, très fréquent au XV* siècle, se fait de plus en plus régulièrement précéder de la conjonction. A Texception d'A. Mathieu, qui conjugue toujours les subjonctifs sans que : l'eusse (Sec, dev,, 20 v"), ie sois {ib,, 21 v®), les grammairiens mettent presque toujours ce que -, quand ils ne prétendent pas distinguer un optatif (v. plus haut, p. 156).

On trouve dans les textes de nombreux exemples où que n*est pas exprimé, surtout quand le subjonctif a le sens optatif, et fait fonction d une sorte d'impératif: se aucuns vouloyent,.., Hz sachent que L'C, parle contre telz (Lef. d'Et., Préf. de VÉvang,, 1523, Herm., C, I, 137) ; vous soubuienne de boyre a my pour la pareille (Rab., Gary., ProL, t. 1, 7) ; ordinairement il s'esueilloit entre huyt et neuf heures, fust jour ou non (Rab., ib., ch. 6, 1. 1, 77 ; cf. 26, Pant,, ch. 20, 1. 1, 320); ce que lay dit suffise{MsiV., I, 121) ; plaise vous donc (Id., I, 194); iamais ie n'entre en paradis S'ilz ne m'ont perdu ma ieunesse (Id., 1, 225); mais regarde nostre immitateur premièrement.., (Du Bel., De/jf., II, 3, Cham., 199); quelcun icy me porte Quelque deuot reliquaire [Ch. hug., I, 156) ; chacun face Deuoir d'escouter mes dicts {ib., I, 118).

Encore dans Montaigne : Ny le plus ieune refuie a philosopher, ny le plus vieil s'y lasse [Ess., I, 26, t. Il, 51, n. 1); Suffise vous qu'il vous oye {ib., III, 13, t. VII, p. 42), etc...^. Mais déjà Tusage moderne tend à prévaloir.

Au reste, la formule : Que pleust a Dieu est déjà usuelle (Mar., I, 169; III, 38, 63, 176).

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