FORMATION DU FUTUR ET DU CONDITIONNEL
Les verbes dont Tinfinitif se termine par r, ou par une consonne qui nécessite entre elle et la flexion du futur ou du conditionnel rintercalation d'un d {tiendrai), présentent toujours, comtne au XV® siècle, une incertitude dans la formation de ces deux temps.
On a tendance à introduire un e, et cette tendance se trouve d'autant plus favorisée que le se prononce moins.
1. Voir des exemples dans Benoist, Synt.fr. entre PaUgr. et Vaug.^ 110.
2. Toutefois, il arrive à Paisgrave de l'omettre dans ses exemples : facent les autres comme leur plaira (417).
3. Quelquefois le que qui manque n'aurait pas du tout le sens de la conjonction antérieurement employée: Bien qu'vn prince voulust darder Les flots armez de son orage Et tu le viennes regarder Ton œil appaise son courage (Rons., 81, B. de Fouq.). Entendez : à supposer que lu le viennes regarder (Cf. en f^rec xaî)*
Palsgrave donne : Vascenderay (438) ; ie tenderay (448) ; et Ton trouve : coureroient (Lar., Le Fidèle, a. u, se. vm, A, th. fr., VI, 357); responderez (Rons., Po. ch., de Fouq., 76); m'attenderai ie (Dolet, Man, de trad., 38); fonderait (Corroz., Hecat., p. 133); tiendera{Mairg. de Nav., Dern, po,, 437) ; ie ne voulderoys (Henri II, Let., dans Let, de D, de Poit,, 219; cl, pleynderege (Id., iZ>., 220).
La tendance inverse, due à la même cause, me parait aussi forte. Les verbes en rer : demeurer, ou des verbes dans lesquels er est précédée d'une consonne susceptible de faire groupe avec r, ont toujours perdu Ve muet : demeurera > demourra. Ce futur admis par Gauchie (1570, 127; 1576, 161) est fréquent dans Marot (I, 289, etc.; S*-Gel., I, 311); ie montray (Grev., Les Esbah., a. m, se. V, A, th, fr., Vf, 288)*. Voici des exemples du même phénomène dans d'autres conditions :
Chantrez {Ch, hug., I, 182); ie demandroye (Lespl., Prompt,^ p. 11); il me coustra (Grev., Les Esb., a. v, se. iv, A. th. fr., IV, 323) bess' ra {Chans. c. les hug., 1572, dans Ler. de L., Ch. hist., II, 307). Baïf transcrit donnr^ [Psaut., 37); rachétroçt [ib., 2013); le Siàeur me stùura [ib., 2244); me plantra {ib., 1038). François I*^ écrit dans une Ballade : conserura (Marg. de Nav., Let. in., 280).
Quand Ve suit voyelle. Gauchie nous avertit qu'il est indifférent de le supprimer (1570, p. 127) : « Futurum e brève habet, adeo ut desinentia in er punim videantur ipsum rejicere : discrimen enim pronunciationis exiguum est inter ie lieray et ie liray » (cf. 1576, p. 161). De même : vous cririez (H. Est., Dial. fr. ital., I, 22).
Tout ceci, en somme, concerne plus la phonétique que la morphologie (Gf. p. 245).
Développement des futurs analogiques. — Le retentissement de la lutte entre les divers radicaux, s'il est grand dans tous les temps, n'en trouble aucun plus que les futurs, où apparaît une mêlée confuse de formes primitives et de formes analogiques de toutes sortes.
Assaillir : assauldray et assailleray (Palsgr., 437); assailliray et assaudray (Maup., 248).
Cueillir : cueilliray est cité par Palsgrave (560) au lieu du vieux cueudray. Il est dans Du Perron, Rons , CEuvr., VIII, 180, Bl.); en cf. recueillirez le fruict (Lar. , Les Esc. , a. i, se. i, A. th. fr. , VI, 99).
Faillir hésite entre faillirai et faudray. Palsgrave donne /<ati-