FORMATION DES PARTICIPES
Participes passés. — Des changements, peu nombreux, mais assez importants, se produisent.
1® Suiure, poursuiure prennent décidément la forme suiui, poursuiui, Poursuy est encore dans Marot (I, 139), et dans Dolet {Gestes de Fr, de VaL^ 42). Gauchie le trouve un peu dur (1576, p. 201).
2° Les formes terminées par voyelle sont toujours, dans quelques verbes, en lutte avec les formes terminées par t.
Ainsi pour cheu et cheul. Presque tous les grammairiens ne mentionnent que cheu, Palsgrave seul écrit c/ie«/^ (604) *.
Le féminin est cheutte (J. B. P., 133, 420; Coll., Œuv., 95; Paliss., 60; Nie. de Tr., Par,, 269; Lespl., Prompt,, 87; Ch, hug,, 121). Il est évident que cette forme demeure très usuelle.
Faut-il donc croire à une différence complète entre le masculin et le féminin? c'est vraisemblable. Cheut au masculin n'est sans doute qu'une orthographe.
Conclu et conclud se trouvent également : conclud est dans Rabelais [Garg., ch. 17, t. I, 67, 1. IV, ch. 35, t. II, 393) ; Marot (I, 235, III, 63). Le féminin est plus rare : la chose feut conclute (Loy. Serv., 373).
Pour béni, Tindécision est extrême. Palsgrave conjugue lay beny. Il n'y a qu'à l'optatif passif qu'il garde benoist: Benoysi soit Dieu (457); et aussi dans l'expression eauebenoyte (228). Du Weza de même beny et bénie (936) ; Gauchie est pour bénit, comme dans pain bénit (1576, 177 et 201).
Dans les textes, mêmes contradictions. Benoist reste toujours en possession de certaines locutions : benoiste soit V heure... et beneis soient tousceulx.., (Lef. d'Ei., Pref. du Nouv. Test., 1523, Herm., C, I, 168); Veaue benoiste (Rab., Pant. ,c\i. 2, t. I, 227, et Lex. de M.-L., I, 80; Nie. de Troyes, Par., 21 {beneite) ; Mar., I, 18, 83; III, 262).
Mais bénit est la forme générale. Elle se trouve même dans la locution : eau beniste (Mar., I, 32). Comparez : 0 fdz benitz (Marg. de Nav., Dern. po., 427); la terre seroit bénite (Paliss., 87). On trouve aussi benye (Mar., III, 176).
3® Les anciens participes forts sont de plus en plus menacés par les formes analogiques :
1. Descheut est encore indiqué dans la grammaire de Maupasfils en 1638 (p. 238).
FORMES DU YERfiË 367
Mors. Palsgrave donne mort (456), Du Wez est pour mors (935) ; de même Meigret (89 v®), qui toutefois mentionne mordu^ comme moins employé; Gauchie (1576, p. 198) déclare que mordu n'est point à imiter. Au contraire, Sylvius donne mordu (81), et avec lui Pillot (44 r®). Dans les Dialogues du françois italianizéy mors est appuyé de Tautorité de Marot, mais blâmé par Philausone. Celtophile déclare que mordre doit suivre le sort de tordre (I, 170).
Mors est commun dans les textes (Mar., I, 202; III, 20; Jod., Euff,, a. I, se. i, A, th, fr,, IV, 16 ; Amyot, Œuv. mor., 375 B).
Pont est encore chez Rabelais {Garff., ch. 6, t.I, 27). Tous les grammairiens sont pour />onu (Palsgr., 601, 473; Ramus, 107-109; Meigr., 91 r^) ou pondu (Gauchie, 1576, 199 ; cf. plus haut). Et cependant d'Aubigné s'en servira encore {Trag.^ 1. VII, Read, II, 168).
Rescous encore donné par Palsgrave, 687, et Gauchie (1570, 159), (1576, 200), se trouve chez Ronsard, VI, 322;Baïf, I, 183; IV, 388, M.-L. ; Rivaudeau, 58, etc.
Resoultes est encore dans Paré, V, 19 ; on le retrouvera jusque dans Hardy, Alceste, V, 575. A resoult Rabelais préfère résolu (II, 54, 70, M.-L.).
Tins, Palsgrave ne donne déjà que tenu (586). De même, Sylvius (81), Du Wez (935), Meigret (91 v^), Pillot (38 r^), J. Garnier (83) ; Lentulus (57) ; Gauchie se souvient d'avoir lu quelque chose de plus barbare que le passé ie teni, c'est lay tins (1576, p. 175).
Mais Maupas (247) et Du Val (233) donnent encore les deux formes. On trouve encore tins ou tint dans quelques textes, ainsi chez Nie. de Troyes {Par., 35, 91). A la page 251, il emploie tinse.
Tors et tort n'ont plus qu'un reste de vie. Gauchie recommande encore formellement tors en 1576 (198). Dans les Dialogues du françois italianizé, il est défendu par Marot, blâmé par Philausone, autrement dit peu courtisan ; Geltophile se prononce pour lui (1, 170). Ph. Garnier s'en souvient encore en 1618 (100). On trouve tantôt tors (Rons., Po. chois. , B. de Fouq., 85), tantôt tort (Vauquel., A.poet., III, 151)1.
G'est la forme en u qui gagne surtout *^.
1. Il y a lieu d'ajouter que reconuert et reconnré commencent â se disting^uer. On trouvait dans les textes l'un pour Tautre : avec vostre aide ie V&y recounerte (S*-Gel., III, 194) ; ainxi i'ay reconuert V instrument du moine au lieu du mien (Nie. de Tr., Par., 159); Le moyne luy disoit ... comment il auoit recouuert leê pèlerins (Rab., Garg., ch. 45, 1, 166; cf. d'autres ex. au Lex., M.-L., II, 134-5).
A la vérité, la confusion s'étendait aux autres formes. Meigret avertit ses lecteurs que ce sont deux verbes, 84 v», cf. Gauchie, 1570, 135; H. Est., Dial.y I, 156.
2. forclos subit l'influence de inclus, exclti(s)\ forclus n'est pas rare: Rab., I. III, ch. 33, t. Il, 162, 287 ; Dolet, // Enf., 41 ; Jod., Eug., a. iv, se. ii, A. th. fr., IV, 59); Sylvius l'accepte, 141, mais non H. Esticnne,62. Cf. forclurre, reclurre, Maup., 263.
Eslu tend à remplacer eslU^ encore très commun : Vay eslile (Coll., QEuv.y 179; cf. Ventes d'amour, dans le recueil de Montaigl., VII, 21 ; Mar., III, 83, 207). Mais eslu est le titre officiel dans les élections, et constamment il empiète sur la forme concurrente : le Seigneur pour sienne Va esleue (Mar., I, 92; cf. Dolet, Man.de trad., p. 6 ; Rab., 1. IV, ch. 62, t. II, 490).
Sentu est dans Palsgrave (670), Du Wez (935); H. Est., Dial, du fr, ital., I, 170) dit que c'est \me faute commime.
Il se lit dans Nie. de Tr. {Par., 157; cf. consentu, 158), dans une Let. du Cons, de Varch, de Lyon, 23 janv. 1525, Herm., C, I, 324.
Tondu, cité par Sylvius, 81 ; H. Est., Dial, fr, itaL, I, 2H,est dans les textes (Pasq., Rech., 1. VIII, ch. 7, t. I, p. 775 B)*.
En revanche, boullu est remplacé par bouilly (Rab., Pant.^ 28, t. I, 353, 1. IV, ch. 59, t. II, i78 ; Paliss., 45)2.
1. Comme autre type de Tanalogie on peut citer reqneru (Farel, 1531, Herm., C, II, 373).
2. Je ne tiens pas compte de rimes comme reneny : banny (Ch. hng.^ 168).