Paris, Cavellat
28 mSTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
-d'ordinaire plus sèche, insère la phrase suivante : « Nous, desirans singulièrement ceste route ouuerte par ledict de Brues (faisant ^and deuoir de rendre la philosophie domestique et familière a noz subiects en leur langue mesmes) estre suiuie par les autres bons et excellens esperits de nostre royaume, et par iceux petit a petit estre aconduite de la Grèce et du païs des Latins en ces marches.... »
Le goût personnel que plusieurs d'entre les derniers Valois, à l'imitation des princes italiens, ont professé pour la poésie, et en général pour les lettres françaises, s'accuse là très nettement. Il est certain qu'un François I*^*" a aimé les beaux vers, conmie il aimait les jolies femmes, les beaux châteaux et les grandes œuvres des artistes. Il est vrai aussi que Henri III a pris plaisir à faire alterner avec les conversations de ses mignons des discussions académiques sur les meilleures espèces de vertus. Mais à voir toute une suite de maîtres de tempéraments très divers persévérer avec tant de fermeté dans la même conduite, on se demande si cette rare constance s'explique suffisamment par l'impulsion une fois donnée, et par l'identité des penchants et des modes qui ont régné, au XVI® siècle, à la cour de France. Il semble que les rois ont <îompris aussi la nécessité d'arracher h leur ignorance traditionnelle les grands qui les entouraient, soit afin d'augmenter l'éclat et l'agrément de leur cour, soit dans l'intention plus sérieuse de développer l'intelligence de ceux qui étaient les conseillers et les agents de la royauté, et même d'une manière plus générale d'élever l'esprit public.
Or, à cette époque, comme à la nôtre, l'instruction était réputée une condition essentielle de capacité. Dans les esprits comme dans la formule de la chancellerie, sens, suffisance et littérature allaient •ensemble. Ceux qui n'étaient pas clercs étaient k peu près sans <îulture : toutes sortes de témoignages l'attestent, et surtout ils ignoraient le latin ^ . On ne pouvait dès lors songer h donner une édu-
1. En 1527, Jacques Colin, dans la préface du Thucydide de Scyssel, dit formellement que " le roy estime les langues estrangercs peu connues parmi la noblesse •de son royaume ». En 1537, Saliat traduit la Civililé d'Érasme, en donnant pour raison que « les pros seigneurs »» eux-mêmes ont été rebutés par le latin trop élégant de Thumaniste de Rotterdam. Flave Vcgèce est, pour des causes analogues, mis en français, en 1536, à Tusage des futurs chevaliers et chefs de guenxî, qui n'ont pas le latin à commandement. Et on pourrait citer et citer encore. Peletier du Mans s'est ingénié dans un « entre-deux » de son Dialogue de Vorthographe (p. 130) à expliquer comment les gentilshommes de son temps (la grâce à Dieu et au très chrcslien Roy François) s'étaient instruits au point que quelques-uns étaient Tébahissement des gens de robe. Mais la masse continuait à croire à la contradiction néces- •sairc entre l'élude des sciences et l'apprentissage de la vie qui convenait à un gentilhomme. Vers la fin du siècle, nombreux étaient toujours ceux qui se montraient rebelles au latin. Biaise de Vigenére fait pour eux son César (1582), Guy Le Fèvre -de la Boderie leur donne les traités philosophiques de Cicéron (1581), etc.