‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 20 sur 248 · INFLUENCE FAVORABLE DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE FAVORABLE DE LA ROYAUTÉ

cation en cette langue à ceux d'entre eux qui avaient passé l'âge des études. On prit le seul parti possible, celui de leur faire des livres en français.

L'honneur de l'avoir conseillé revient à Claude de Seyssel, un des hommes les plus considérables de l'époque de Louis XII*. Mêlé activement aux événements du temps, c'était un conseiller véritable, qui traduisait Trogue Pompée au roi pour lui épargner l'ennui de n'avoir, à son retour de la guerre, à lire que de fades apologies, qui lui donnait Diodore pour le faire souvenir de l'instabilité et imperfection des choses mondaines. L'absence d'œuvres utiles en français le préoccupait visiblement. Pour donner l'exemple, et faire servir les leçons de l'histoire aux nobles et à « ces autres qui s'appliquent souuent plus aux sciences que les nobles », il se soumit lui-même pendant de longues années au dur labeur de faire passer Justin, Sénèque, Rufin, Appien, Xénophon, Diodore et Thucydide en français, s'aidant, pour comprendre les originaux grecs, du secours de « son ami Lascaris ». Cette œuvre énorme était déjà un exemple, mais Seyssel l'a éclairée en outre des conseils les plus nets et les plus fermes, et dès 1509, dans une de ces préfaces qui, mêlées de morale et de politique, font penser à Bossuet, il a posé en principe qu'il fallait que ceux qui n'ont aucune notice de la langue latine pussent entendre « plusieurschoses bonnes et hautes, soit en la Saincte Escriture, en Philosophie morale, en Médecine ou en Histoire », bref, qu'il était nécessaire — le mot est à noter, il est là pour la première fois peut-être sous cette forme savante — de constituer une « licterature^ en françois ». Qu'ils aient obéi à ces suggestions, ou à leur propre instinct, il paraît incontestable en tout cas que les rois ont voulu par ce moyen faciliter et étendre l'instruction de leurs sujets. Ils ont voulu, suivant l'expression de Jacques Colin, qui, sur l'ordre de François I®', publiait en 1527 le Thucydide de Seyssel, que les grandes œuvres fussent mises « comme sur ung perron, dont elles fussent veues de toutes parts ».

J'ai émis ailleurs l'hypothèse que peut-être ils avaient eu des vues encore plus profondes, et une arrière-pensée plus intéressante pour l'histoire de la formation de l'unité française 3. En effet, le même Seyssel, instruit par l'expérience de son séjour en Italie, où

1. Voir Dufayard, De Claudii Seisselii vita et operibus^ Paris 1892, in-8.

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