‹ Histoire de la langue françaiseChapitre 190 sur 248 · PRONOMS POSSESSIFS · texte numérisé non relu

PRONOMS POSSESSIFS

POSSESSIFS ET PERSONNELS, — Il semble que désormais on emploie moins souvent le tour concurrent, formédupronompersonneletdela préposition, encore si fréquent au xv® siècle : le mary d'elle disait (C, Nouv., I, 67); la mère délie,., (Comm., I, 194, M.). Toutefois, il se retrouve au xvi® siècle, il persistera même jusqu'au xvu* : Vœil d'elle (Mar., III, 227); on manda le mary d'elle (Nie. de Tr., Par.^ 127); après auoir appaisé le père d'elle (Lar., Le Fid. (prol.), A. th. fr„ VI, 306; cf. Id., ib, act. I, se. iv, ib, 319, 321); de manière qu'vn frère d'elle,,,, ne feignit pas de luy dire (Amyot, Vie Lyc, 49, B.); selon l'âge d'elle (Des Pér. Œuv., II, 35); il fust impetré par les prières de nous et des saincts personnages (H. Est., Apol., II, 92).

POSSESSIFS ATONES MON, TON, SON JOINTS A UN NOM AVEC US ARTICLE, UN DÉMONSTRATIF, etc. — Il n'est pas rare de voir en ancien français un démonstratif ou un indéfini joint non seulement à la forme tonique, mais à la forme atone de Tadjectif possessif auprès d'un substantif : Si'n apelat Gemalfîn un sun drut [Roi,, 2814) ; naturellement cette construction se rencontre aussi en moyen français : qui rien de ceste sa venue ne scet (C. Nouv,, I, 86) ; decesteson aduenture beaucop luy desplaisoit [ib,, I, 14) ; cf. : entre aultres ses seruiteurs (ib,, I, 67); conduit avec les aultres ses frères (ii., 1,102).

M. Huguet considère cet usage comme sur le point de se perdre au XVI® siècle, où on n'en trouve plus que quelques exemples isolés. Il en cite deux (o. c, p. 80), l'un de Rabelais (II, 475), l'autre de Des Périers [Œuv, , 1, 362). Il y en a d'autres. Sans parler des phrases où nostre, vostre, sont joints à un démonstratif, et ceci arrive souvent [quelcque vice, qui ait empesché ce vostre Roy de vous bien gouuerner (Dolei, Gest. de Fr. de Val., 17); en ceste vostre ville deCirte (S'-Gel., III, 165) ; Comme si la nostre captiue (Grev., Les Esb., act. v, se. iv, A. th. fr., IV, 326), on peut citer : ceste mapauure fille (Lar. Le Fid., a. ii, se. 3, //>., VI, 384); cestuymon maistre [Id., ib., a. i, se. i, ib.j 309).

Des exemples avec l'indéfini un se trouvent également : Un mon semblable ne deuroit iamais venir aux mains sinon,., (Lar., Les Tromp,, act. iv, se. ii, A, th. fr,^ VII, 72); quand vn bien vostre amy [Amad,, 1. I, î^ xixr**); on m'a baillé vne vostre lettre (Jos. Scal., Let., 60; cf. 77, 285).

POSSESSIFS TOMQUES xMIEN, TIEN, SIEN JOINTS A UN NOM AVEC UN ARTICLE, UN DÉMONSTRATIF, etc. — M. Huguet (o. C, p. 77-80), a signalé aussi la persistance de cette construction. On trouve également les possessifs après le substantif : est suruenu vn gentilhomme mien amy, lequel,,, (Tourn., Cont,, act. iv, se. i. A, th, fr,^ t. VII, p. 184) ; Et le mardi ensuiuant, me fust dit par vn conseiller des généraux^ mien amy (L'Est., Journ, de Henr, IV, p. 53, col. 1). Toutefois, Meigret signale comme poétique le tour : la mien amour (59 v°), que Sylvius citait sans observation, et qu'on trouvait de leur temps: c'estoit la sienne vache (Nie. de Tr., Par,, 6) ; la sienne intention (Corroz., /Teca^, Entreprendre, p. 189). Ronsard s'en sert aussi, et met souvent le possessif derrière : vous donnant Vame mienne (1, 263, M.-L.). Il semble bien que Meigret ait dit juste, car à la fin du siècle, la construction de le mien avec substantif est peu commune, pendant qu'avec les articles indéfinis les formes lourdes demeurent usuelles : vn sien tel enfant (Rab., Garg,, ch. xiii, t.I, 51).

Avec les démonstratifs, relatifs, indéfinis, mien, tien, sien sont fréquents: Ce livre mien (Mar., III, 5; cf. II, 197, 199, etc.); ceste mienne aduersité (Du Bel., Le/., 49); Aucuns miens amis (H. Est.^ 4po/., II, 69) ; Maint amy mien (Tahur., Son., II, 29, 36) ; quelque sienne deuotion (Mont., 1. I, ch. 3, t. 1, p. 21, note 1) ; autres siens ouurages (Du Bartas, 1591, p. 38); Laquelle mienne conuersation a esté,,, non sans péché,,, mais sans reproche (Rab., Pant., ch. VIII, I, 253); ceste sienne bonté infinie (Du Vair, 370, 21). A l'attribut, on hésite toujours entre ceci est a nous, et : ceci est mien. Chez Palsgrave, l'inclination est très décidée en faveur du premier tour (346, 350). Mais son témoignage est isolé en face de ceux de Robert Estienne (1557, 23 : ils sont leurs) et de Ramus (1572, 139, 149). Ce choix était cependant celui que devait faire la langue, on le verra au xvii® siècle ^

t. Dans les textes, mien attribut est encore tout à fait usité (voir les exemples de (a Pléiade dans M. L., Lex,, II, 191). Il y en a une foule d'autres : Elle eBt a moy disoit rvne. C'est la mienne, disoil V&ultre (Rab., Gàrg., ch. xi, 1, 46); la victoire est nostre (Dolet, Gesl. de Fr. de Val., p. 29); Et mon vouloir, qui est vostre, surprendre (Forcad., p. 4); elle demeure mienne (Lar., Jal.^ a. v, se. vu, A. th. fr., VI, 87); elle n'est vostre (Id., ib., a. iv, se. vi, ib., p. 70).

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